12.7.09

NEW ORDER


Flore #2, Nicolas Le Moigne (courtesy NextLevel Galerie)

Qu'il est chouette de voir la Rive Droite bouger à ce point. Nouveau fief design, le Haut Marais accueille depuis le printemps NextLevel. Dédiée au design expérimental contemporain, la galerie NextLevel est un nouvel espace d'exposition et d'échange où chaque designer invité s'exprime en toute liberté en terme de forme, matériaux et production. La première bonne nouvelle est de voir qu'elle expose des jeunes designers talentueux dont la notoriété explose. La seconde est tout aussi attrayante : les pièces exposées (en édition limitées, numérotées et signées) sont abordables. Et à l'heure actuelle, ceci est suffisamment rare pour le signaler alors que le design accumule les records et qu'il arrive même que les réalisations de jeunes designers soit déjà propulsées aux enchères. Ils étaient suisses on s'en souvient, Nicolas Le Moigne l'est aussi. Pour l'exposition Materia chez NextLevel, celui-ci propose des combinaisons surprenantes entre divers matériaux : contreplaqué bouleau, acier, aluminium, verre et velours s'entrechoquent avec subtilité. Les formes arrondies des plateaux contrastent avec la rugosité des piétements. Suivant le principe qu'il avait initié avec Verso Diverso (série à succès produit par Viceversa), les vases Flore magnifient leur contenant. Représenté en Suisse par Ormond Editons, le designer trouve enfin un echo à son travail en France. Chapeau Isabelle...


4 questions à Isabelle Mesnil, directrice de la galerie NextLevel :

Quelle est la pertinence d'une galerie comme la vôtre aujourd'hui, par rapport aux évolutions que le design subit entre la production industrielle et ce qu'on appelle assez ingratement aujourd'hui le design-art?

NextLevel Galerie se positionne comme un lieu permettant de découvrir de jeunes talents du design d'aujourd'hui et de demain. Leurs pièces reflètent leur questionnements actuels, leur influences et bien sûr leur personnalité ou leur approche propre, comme toutes pièces d'artiste. C'est un lieu d'expérimentation où les problématiques du design industriel n'ont plus la même portée dans le processus de création. NextLevel Galerie est une parenthèse dans leur quotidien professionnel qui leur offre d'autres perspectives soutenues par la galerie tout au long de l'année. Alors si c'est ça le design-art, l'expression me convient, même si elle nous vient des salles de vente et qu'elle est en somme toute confuse.

Comment vous situez-vous par rapport aux autres galeries du 3e?

Le 3e est un formidable vivier de galeries dont la programmation en art contemporain et pour certaines en design ne cesse de surprendre - c'est le lieu de la création contemporaine à Paris, d'où mon choix pour l'installation de la galerie. NextLevel Galerie se veut comme un lieu novateur du design tant dans sa démarche que dans sa programmation.

Hier Philippe Malouin, aujourd'hui Nicolas Le Moigne puis Martin Saemmer... Des jeunes designers francophones et étrangers qui montent... La France est-elle en retard?

Nous sommes plus dans une phase de transition en France. Il faut souligner le bon travail de certaines "institutions" françaises qui apportent leur pierre à l'édifice, notamment le Musée des Arts Décoratifs, le VIA, la Cité du design et le MAM à Saint-Etienne, le FRAC Centre... J'ai confiance très prochainement dans l'avenir de la Cité de la Mode et du Design à Paris.

Quels sont vos spots favoris dans le quartier?

Il y en a beaucoup car j'y vis. Côté restaurants/bars, j'apprécie les plats savoureux et la sélection de choix des vins du Petit Curieux, le Marché des Enfants Rouges, le café Charlot et l'incontournable café du Progrès. Côté vêtements : Baron Y, Les Prairies de Paris, Christophe Lemaire, AB33, Shine. Junco et Avenches pour les bijoux, Hoses pour les chaussures.

Merci!


Narcis / Vesta #3, Nicolas Le Moigne (courtesy NextLevel Galerie)

10.7.09

WTF


Plurality, by Cecile Manz for Mooment

On ne lui demande même pas d'être fonctionnel. Donald Judd remixé, fauteuil pour trois ou pour vous et vos deux chats.... On s'en fiche, il pourra toujours servir comme escabeau. Chic et minimal, ça fait quand même beaucoup pour un escabeau.

Functionality isn't the point here. Can this be some kind of a Donald Judd re-intepretation or is it just made for two skinny cats and his master? Nevermind, this unique chair could still be used as a stool. But maybe it's just to much to ask...

5.7.09

' WAS HERE

Adulés des graffeurs, les produits Krink arborent un packaging des plus séduisants. La Fondation Cartier en expose des vintage.

L'idée fut de laisser sa marque. D'abord il y a quarante ans, quand l'homme fit son premier pas sur la lune. A l'occasion de cet anniversaire, Door Studio expose au Palais de Tokyo une impressionnante sélection de photographies inédites prises lors des missions spatiales américaines, des débuts de la NASA en 1958 à Apollo. Là bas, l'espace est perçu autrement par la photographie... les ombres se cherchent, les dimensions et l'échelle des masses s'inversent. Le speech de Vicky Goldberg lors de l'inauguration Samedi soir expliquait se phénomène et la pertinence d'un lien entre ces photographies et l'art contemporain. Aujourd'hui, avec une certaine part de rêve et pour le plaisir des yeux, on peut redécouvrir ses trésors longtemps gardés secrets.


Quand la Fondation Cartier se rebelle, elle autorise des graffeurs professionnels à tagger son mur extérieur... Nouveau chic en perspective ?

Ceux-ci ont toujours été franchement visibles mais la plupart d'entre nous les sous-estiment encore. Les graffitis. Aux confluents de l'avant-garde et toujours pile dans l'air du temps, avec une volonté pédagogique certaine mais fluide (et un soupçon de provoc cette fois-ci) la Fondation Cartier pour l'art contemporain, loin d'institutionnaliser cette forme de street art, lui donne à sa façon des lettres de noblesse : entend en proposer une vision expresse mais pointue, historique et contemporaine. Les intentions sont mitigées, mais le contenu est sufissament varié pour plaire. Bondé au vernissage, l'expo n'aura à mon avis aucun mal à déplacer les familles cet été. Des photographies seventies underground de gosses pris en flagrant délit (de création) dans les quartiers pommés de Manhattan, des blocs party déjantées de L.A. où l'on brûle en s'amusant, en passant par des bombes de peinture usagées, Keith Haring, tout y passe. Même une simple porte de salle de bain copieusement taguée... Histoire de marquer son territoire.

Light Blue Movers (1987), Jean-Michel Basquiat / Polaroïd exposé au Palais Tokyo dans le cadre de l'expo A Man on The Moon

The idea was to leave a trace. Firstly, forty years ago when man put his foot on the moon. To mark this anniversary date, Door Studio + Le Palais de Tokyo exhibit an impressive selection of photographs that have never been seen before and that were taken during some american space expeditions from 1958 to Apollo. Far away, photography gives space a unique visual... shadows in continuous extension, the immeasurable expanse inversement of time and space. Vicky Goldberg's speech at the opening explained this phenomenon and the subsequent link between this space photographs and contemporary art. Today we can contemplate these treasures kept so long a secret as if in a dream and a pure delight for the eyes.

Generally always quite visible to most of us yet unworthy of our esteem... Graffiti. La Fondation Cartier pour l'art contemporain, as always ahead of its time, yet accessible and slightly provocative this time has actually honored graffiti in a particular way. The fondation provides a clear, precise, historic and modern view of the subject. Despite the mixed diversity of it, the varied contents has a lot to offer. Full of people at the opening and bound to appeal to family visits this summer. The exhibition includes 70's photographs taken in Manhattan's dirty districts, grunge kids caught in (creative) action, wild delirious L.A. parties in video, old used paint cans, Keith Haring and lots more. Even an ordinary bathroom door covered with graffiti... the marking of one's territory.

1.7.09

SANS ORDONNANCE


Bureaux d'Astrakhan (Takumi Ota)


Du design de baguettes (oui, oui...) au design d'espace, Drill Design brille. Et pourtant ils ne sont que deux. Il y a Yusuke et son amie Yoko. Ensemble, leur talent se conjugue en toute discrétion. Déjà en 2003, ils avaient anticipé la tendance "lampe avec fil rouge apparent" (vous savez ce qu'on a ensuite retrouvé partout de Normal Studio à Habitat). Enfin peu importe, puisque le duo crée avant tout pour eux. Ce sont des gobelets inventifs et des verres à pied newlook, pratiques et résistants, que l'on aimerait bien trouver dans le commerce. Ce sont aussi des chaises, et des tabourets plus récemment, inspiré des prototypes de la série Clover, entièrement réalisés à partir de papier compressé. Passé Tokyo, cela pourrait rappeler les vases de Studio Libertiny. Dans la lignée des nouveaux maestri du XXIe que sont Morrison, Grcic et désormais Diez, les japonais de Drill évoluent à l'écart... plus pour très longtemps on l'espère. In hope we trust.

Bureaux pour Coil / Verres à pied autoproduits pour un cadeau de mariage

Suspension, serie Colorful cord products / Paper-wood stool, leur nouvelle création

From chopstick design to interior design, Drill Design shines. There are only two : Yusuke and his friend Yoko. Together, they discretely combine their talent. Back in 2003 they had foreween the "visible red cord light" trend (you know, you have seen it everywhere from Normal Studio to Habitat). Nevermind. The duo create what they want, first for themselves. It can be unusual yet clever goblet, redesigned solid wine glasses. And also, chairs and recently stools, inspired by previous models from the Clover series, entirely made of compressed paper... like Studio Liberty's flower pot. Like todays maestri from Morrison to Diez, Drill is evolving apart... hopefully not for too long.

25.6.09

EASY, AGAIN

Et l'on revient enfin à l'essentiel. À l'inverse d'un marché de l'art porté sur l'extravagance et la surenchère, le design industriel s'offre une cure de pragmatisme. Les nouveautés d'aujourd'hui sont les valeurs sûres de demain...


photo : Steve Wood (Stardust Fashion)

Plus d'un million de livres sterling pour un fauteuil de Marc Newson à la dernière vente Philipps de Pury à Londres. Le montant a de quoi faire sourire en temps de crise mais il démontre une fois de plus le fossé qui se creuse entre le design accessible à tous, d'Ikea à Vitra, et le design à très haute valeur ajoutée : celui des grandes galeries, du vintage haut de gamme au design art, de la pièce unique à la série limitée. Alors que les nouveaux riches se battent pour une pièce de Ron Arad ou de Zaha Hadid et déversent des millions pour se composer à chacun leur intérieur Prouvé/Perriand, Milan nous ramène à la fonction première du designer : créer de meubles fonctionnels et accessibles. Ainsi, à la dernière édition du Salone del Mobile, on a pu remarquer que s'opère chez quelques éditeurs une véritable prise de conscience. 



A coté des créations décalées et florales de Patricia Urquiola, des frères Campana ou de Karim Rashid, la tendance est celle d'un retour à la simplicité. "Super Normal" dixit Jasper Morrison. Ancré depuis la fin des années 80 dans cette optique, celui-ci ré-interprète pour Magis une simple chaise de trattoria en associant bois et plastique translucide (ci-dessus). Dans la même lignée, s'inspirant des objets du quotidien, l'anglais Sam Hecht (du studio Industrial Facility) propose pour Established & Sons une nouvelle définition du banc. À plusieurs dossiers, il se fait fauteuil ou tabouret. Le tout traité avec une extrême simplicité.



Chic et simple with a twist, la collection de SCP épate tout autant. Avec leur finitions raffinées, le fauteuil de Timorous Beasties (ci-dessus) et le bureau de Kay + Stemmer sont d'une rare évidence. Une fois n'est pas coutume, les frenchies ne sont pas en retard sur le sujet. Le bien nommé Moustache présente sa première collection où Inga Sempe s'amuse à reprendre les formes de votre affreuse armoire-trieuse et d'un simple chapeau de cuisine. Il en fait une ingénieuse Armoire souple et une lampe poétique.

Tout juste entrée dans la galaxie design, la marque Diesel, fière d'un double partenariat avec Foscarini (pour les luminaires) et Moroso (pour les meubles), lance sa ligne pour la maison. Pile dans la tendance, son style chic et négligé va faire fureur. Simplement composé de quatre oreillers blancs sur un piétement très 50's, le fauteuil Cumulus est le point fort de leur collection.

D'habitude silencieuse quand à ses collaborations avec de grands designers, lesquels signent anonymement pour la marque, Muji n'a pas attendu Milan pour annoncer sa collaboration avec Thonet. Je vous en avait d'ailleurs parlé l'année dernière, l'info avait été relayée dans la foulée par la presse, j'en avait fait ma pièce favorite pour 2009 et voilà que la série, à l'origine promise il y a deux mois, sort enfin cette semaine! nouvelle n°14 par James Irvine ou fauteuil en acier tubulaire inspiré de Breuer par Konstantin Grcic, le choix va être ardu...

20.6.09

4xHBC


Leesbury, New Jersey (1975)


Quatre préceptes d'Henri Cartier Bresson. A découvrir à l'oeuvre au Musée d'Art Moderne. Passage obligé.

/ La photographie doit sais dans le mouvement l'équilibre expressif
/ Il faut approcher le sujet à pas de loup, faire pate de velours, mais avoir l'oeil aigu
/ Eviter l'artifice qui tue la vérité humaine
/ Qu'il y a-t-il de plus fugace que l'expression du visage?

Brie, France (1968)

Words by Henri Cartier Bresson, to be seen at the Musée d'Art Moderne de Paris until september.

/ Photography must seize upon this moment and hold immobile the equilibrium of it
/ It is essential to approach the subject on tiptoe... with a velvet hand, a hawk's eye
/ The sitter must be made to forget about the camera and the man who is handling it
/ What is more fugitive and transitory than the expression on a human face?

Portrait de Truman Capote (1947)

Salerne, Italie (1933)

16.6.09

FIND ME THERE


Tables Tom Tom et Tam Tam, réedition d'un projet de Konstantin Grcic édité par SCP

Lecteurs de Menstyle.fr, bonjour !

Aujourd'hui et durant tout le mois de Juin, retrouvez-moi sur le portail internet de GQ, Vogue Hommes International, Condé Nast Traveller, AD et Wired. Suivez mes conseils design anti-crise en 10 étapes et découvrez mes intentions.

14.6.09

ONWARDS & UPWARDS



De retour de Bâle... la tête et le carnet plein à craquer puisqu'on vous interdit de prendre des photos à l'intérieur de la foire. Première étape : Design Miami. En marge d'Art Basel, la mini-foire hésite toujours un peu plus entre le design contemporain ou le mélange design art + vintage. Certains s'en plaignent, comme Loïc Bigot (Tools Galerie) qui regrette l'absence de certains designers contemporains. D'autres font les comptes. C'est le cas de la Carpenters Workshop et la Vivid Gallery où Brad Pitt a fait ses courses, privilégiant Atelier Van Lieshout : la Mini Capsule Hotel (ci-dessous) pour sa résidence de Santa Barbara, une chaise longue et une version féminine de la lampe Family. Pour un total avoisinant les 150 000 euros...

Trublion de génie, Rolf Sachs revisite la chaise de bistro en résine (Gabrielle Ammann) / Les sacs en cotton vendus étaient ornés d'une image provenant des archives Gio Ponti

Même si elle appartient désormais à Brandangelina, on pouvait toujours essayer cette fameuse maison dans le Never-Ever Land d'Atelier Van Lieshout à l'extérieur du Hall 5.

Que reste-t-il pour nous? Des choses abordables quoi que l'on en disent. Si vous ne comptez pas acheter du Royère chez Lacoste (vendu, tout de façon), votre porte monnaie ne fera pas la gueule pour des pièces d'Eric Benqué (Emmanuel Perrotin) ou des céramiques chez Pierre Marie Giraud. Grand public quoi que l'on en dise, Design Miami aime surprendre. Avec Real Time, étonnante métaphore humaine et physique sur la maîtrise du temps, de Milan à Bâle, Maarten Baas remporte haut la main l'installation la plus réussie du salon. Pour ceux qui y étaient, et qui hésitaient à frapper à la porte de l'atelier où était enfermé le monsieur : il ne réagit pas (ci-dessous).


Back from Basel... my head and note-book full to burst, as it was prohibited to take photos inside the exhibition. 1st stop : Design Miami. Situated next to Art Basel, the mini fair seems to be still "in between" two options : contemporary design and/or design art + vintage. Some complaints, as from Loïc Bigot (Tools Galerie) that he regrets the absence of certain contemporary designers. Others sum up the additions like the Carpenters Workshop Gallery and the Vivid Gallery where Brad Pitt did his shopping buying Atelier Van Lieshout pieces : the Mini Capsule Hotel (above, presented outside Hall 5) for his Santa Barbara home, a lounge chair and the female version of the Family lamp. Total : about 150 000 euros...

What is left for us then? Well, they were affordable pieces. If you don't want to buy a Royère at Jacques Lacoste (sold, in any case), you check-book will not resist Eric Benqué (Emmanuel Perrotin) or the ceramics presented by Galerie Pierre Marie Giraud. Nevertheless, Design Miami is for the large public and aims to delight and surprise. The Real Time installation by Maarten Baas was certainly a highlight with some visitors hesitating to knock on the little workshop's door where a man could be found (above).

Mathieu Lehanneur fait partir la lumière en fumée (Smoke, Carpenters Workshop Gallery) / Il ne reste pas une miette des vases en papier compressé du Studio Libertiny (Perimeter)

Une chaise Sgabello revisité en 1904 par Carlo Bugatti (Sebastian + Barquet) / L'installation interactive Audience de rAndom International. Avec leur détecteur de mouvement, ces petits miroirs vous suivent du regard.

9.6.09

MEUH

La Suisse excelle dans le graphisme, ici à son apogée dans les années 70. Jean Widmer : Affiche A table (est. 800/1200€)

Swiss time! Tandis que je cours cette semaine à Art Basel... principalement pour Design Miami (!), Artcurial nous attise de gourmandises design helvétique pour la semaine prochaine. Comment résister? Des affiches avant-garde d'Armin Hofmann aux créations des talentueux élèves de l'ECAL en passant par les montres Swatch, cette vente regroupe tant des pièces anciennes que des prototypes et éditions limités de jeunes designers. Une petite sélection assez représentative du design suisse.

Table à piétement métallique par Max Bill

Dépouillement, mobilier réduit à l'essentiel... la synthèse du swiss style des années trente, par Wilhelm Kienzle

Au chaud entre l'Allemagne, la France et l'Italie, le design suisse conjugue les influences pour composer son propre vocabulaire. Un style que l'on pourrait aisément résumer à Werner Moser, Le Corbusier puis Max Bill. Toutes époques confondues, des intérieurs minimaux de l'architecte Hannes Meyer aux luminaires transalpins 70's avec Robert Haussmann, le designers ont adoptés des formes simples, bannissant l'ornementation. Un soucis de qualité, une envie de produits fonctionnels bien conçus, dans la lignée de l'idéologie Werkbund... des objets aujourd'hui perpétués par la jeune garde, l'humour en plus. Le plus bel exemple est certainement le travail de Big-Game, fructueux collectif franco-suisse-belge. Contemporain toujours, certains modèles de rangements USM n'ont pas bougé d'un iota, et ils ont toujours al côte. Une bonne raison pour enchérir sur des modèles vintages imaginés par Fritz Haller et Paul Schärer. N'attendez pas mon retour pour vous faire plaisir... d'autant que les estimations sont basses.

De droite à gauche. De l'avant-garde Willy Guhl (Jardinières, 1951 - est. 1500/2000€) au jeune Michel Carlot (Prototype de la Mold Lamp, 2007 - est. 600/800€), le béton règne toujours dans le design suisse.

Noir et blanc de rigueur, influences Bauhaus oblige. De gauche à droite : Affiche Die Gute Form d'Armin Hofmann, 1954 (est. 1000/1200€); Fauteuil de Willy Guhl, vers 1959.

Swiss time! I'm running off this to Art Basel... mainly to see Design Miami (!) whilst Artcurial is tempting us with gourmet Swiss design treats for next week' auction. The sale is gathering many old pieces and new limited editions by young designers no to mention avant-garde posters by Amin Hofmann and creative works done by the former students of ECAL, as well as some Swatch watches. A small yet precise selection of what is Swiss design.

Situated nice and cosy between Germany, France and Italy, Swiss design combines these influences in design to therefore create an individual style. A certain style that can be easily summarized from Werner Moser to Le Corbusier and Max Bill. The artitect Hannes Meyer created very simple interiors, as were the lights from 70's by Robert Haussmann. During different periods in time, the designers kept to simple lines, eliminating decorative work. Concerned with quality and requiring well made functional objects was close to the Werkbund theory... it continues today with the young generation. The best example of this is probably the french-swiss-belgian trio Big-Game. Remaining popular and modern, USM products are still made the same way today : a reason to bid on the old editions created by Fritz Haller and Paul Schärer. Please don't wait for my return in order to please yourself...

3.6.09

EN PAPIER

Sous la bâche, le tabouret 404H (Thonet)

Stefan Diez n'a pas de style au sens premier du terme, et c'est justement ça qui fait tout le charme de ses créations. Beau paradoxe. Dans la lignée de Konstantin Grcic - dont il fut l'assistant de 1999 à 2002, Diez construit un discours net et rigoureux sur la forme, maîtrisant les contraste, jouant sur la géométrie avec tact. Avec, surtout, un savoir faire exceptionnel. Thonet ne s'y était pas trompé en lui confiant la commande d'une chaise l'année dernière...

A tout juste 38 ans, la galerie de l'école supérieure des arts décoratifs (ESAD) de Strasbourg tend les bras au designer munichois. Et contre toute attente, ce n'est pas ses produits réalisés pour Rosenthal, Moroso ou encore Moleskine qui sont présentés mais ses maquettes, uniquement. Chaises en papier grandeur nature, tables aux angles vifs... ils précèdent le prototype. Cette étape au départ intermédiaire est ici présenté comme un moment à part entière. L'exposition permet ainsi aisément de comprendre l'approche tridimensionnelle de l'espace selon le designer. Ses assises courbes et subtiles, ses tables aux angles marqués casse la fragilité du support. Une métaphore, une vraie signature.

Chaise 404 (Thonet), images : Dominik Hammer - Stefan Diez

Sweet paradox : Stefan Diez has no style, but thats exactly the element that please with his creations. Following Konstantin Grcic - Diez was his assistant from 1999 to 2002, the ducth designer makes a rigorous and straight statement on shape and masters the art of contrast as he carefully plays with shapes. He especially has an exceptional savoir-faire. Thonet made no mistake last year...

This week, the ESAD - Strasbourg's design school host an exhibition with works only by Diez. Against all odds, it is not the products he made for Rosenthal, Moroso or Moleskine that are display there but only his plans. Life size paper chairs, sharp cut tables... only the paper models before the prototypes. This primarily intermediate work stage is presented here as a unique experience. The exhibition provides comprehension of the three-dimensional use of space particular to Diez. His slight curves in seating and tables's precise angles therefore avoid a certain fragile aspect of the structure. A metaphor, a true signature.

31.5.09

DEHORS

Achille sur sa "lune", son bien nommé fauteuil Allunaggio

Chic. On y est presque... l'été. On prend son plaid APC pour piqueniquer, Tod's au placard pour les hommes, souris Jacobs soigneusement rangées pour les femmes. Encore faut-il avoir la bonne assise, et là comme chaque année c'est le dilemme. En ville où à la campagne, une seule solution : ressortez vos classiques. Thinking Man's chair, Diamond ou Celestina par Marco Zanuso, le métal fait son show dans le jardin. Mais pourquoi pas cette année miser sur une belle endormie du design outdoor? Le fauteuil Allunaggio par exemple, crée par les malicieux frères Castiglioni en 1965. Une forme simple et indémodable : soit une simple assise en aluminum et trois fines jambes. Présent dans de nombreux musées, la bête est toujours éditée par Zanotta. Il serait dommage de ne pas en profiter. A l'air, les pieds nus en l'air.

Photos : William Eggleston / Juergen Teller

Great. Almost... summer. Take your APC blanket on a pic-nic, put your Tod's back in the cupboard and ladies stack away your Marc Jacobs flat. But you still need a good chair, and every year its a real problem. In town or in the country, only one solution : take out your classics like Thinking's man chair, Diamond or the Celestina by Marco Zanuso, as metal is the star of the garden scene. But why not revive one of the outdoor design numbers? The Allunaggio chair for example, created by the clever Castiglioni brothers in 1965. Simply shaped and forever fashionable : an aluminium seat and three fine legs. It is to be found in numerous museums and remains to this day edited by Zanotta. It would be a shame not to enjoy a good outdoor chair... on grass or pavement, so kick off you shoes!

26.5.09

TAKE 4

Top left to bottom right : Flat Eaves (2008), Rebecca Catterall; Parain, Florence Doléac, Vase by Martin Schlotz; Vase made for Cappellini (1998), Ronan & Erwan Bouroullec. Estimated prices from 400 to 1200 €, part of today's auction hosted by Camard & Associés.

24.5.09

BAD?


Des intérieurs qui se ressemblent tous, du couple infernal Prouvé+Perriand (et là je te rejoins complétement...) à DSW+Lounge Chair en passant par un style gentillement industriel et fifties qui fait recette dans la plupart des bistronomiques. A l'heure de cette globalisation design, le Centre Culturel Suedois a le bon goût de proposer une exposition* sur l'identité du design suédois, du peintre Carl Larson à Front en passant par la collection Ikea PS. Plus baroque, plus coloré que ses homologues finlandais ou islandais, les designers suédois ont toujours eu la côte. Un certain style proche de l'artisanat suédois, ne cédant pas au sirènes du simple fonctionnalisme, misant sur la couleur et le choc des matières, en toute subtilité. Un style décalé vu de notre hexagone. Hormis le plaisir de déambuler dans l'hôtel particulier rue de Payenne, si il y avait une raison pour aller voir cette expo ce serais les deux murs de post-it présents dans les salles. Les visiteurs ont été invité à répondre à la question" Qu'est ce que le mauvais goût?" en écrivant sur ces papier fluos leur réponse. Entre "C'est moi", "Carla" ou "les Converse en talons aiguilles", on trouve "Karl Lagerfeld".


Paradoxalement, il apparaît que Lagerfeld a toujours eu le bon goût d'avoir le mauvais goût, autrement dit il reste un des rares personnages médiatique à maîtriser le too much. Ses premiers amours pour Memphis alors que tout le monde détestait ça ne peuvent qu'être salués aujourd'hui, même si maintenant il préfère s'adonner au tout B&W chez lui ou dans sa librarie. Dans une commune mesure, Didier Krzentwoski a tellement accumulé (de luminaires surtout) que son appartement croule de pièces exceptionnelles, minitueusement choisies. La récente restrospective des oeuvres (à la Galerie des Galeries) qu'il propose ou a proposé chez Kreo a démontré que l'éclectisme, quand il est maîtrisé, fait la règle. Mixer la rigueur d'une pièce de Skezely avec la rondeur pétillante d'un tabouret de Pierre Paulin signe un oeil exceptionnel. Avoir le chic du mélange, se faire plaisir en mélangeant les époques, voilà le bon goût. Quand à savoir si le cheval des filles du collectif Front restera dans les annales des horreurs du design... le CCS a déjà fait son choix. A vous de voir.

* Jusqu'au 26 Juillet

15.5.09

NEW CRAFT

Tout sourire, Jaime et son pote de la manufacture.

Dernière poule aux oeufs d'or chez Ceccotti, après Duchaufour-Lawrance et ses multiples récompenses, Jaime Hayon s'assagit pour les besoins de la marque. Le punk espagnol du design laisse (un peu) tomber formes extravagantes et (totalement) les couleurs criardes pour un retour à la simplicité avec les meilleurs ouvriers italiens. Pas moins de 22 pièces de bois sont nécessaires pour réaliser ce fauteuil. La qualité du bois utilisée est telle qu'on dirait de la soie au toucher. Rencontre d'un design nouveau, empruntant tant au repertoire de la marque qu'à l'Art Nouveau, avec l'utilisation de techniques artisanales , la Ceccotti chair a tout pour devenir un best-seller. Disponible pour l'instant dans une teinte anthracite foncée, il ne reste plus qu'à espére une version au naturel... L'année prochaine?


Du squelette de la Ceccotti au produit fini, recouvert d'une teinte anthracite (!). En bas à droit, détail des montants et traverses.

Ceccotti has yet another hen that lays golden eggs. The last one was the multiple prize winner Duchaufour-Lawrance. Now fitting in with the label is a modified Jaime Hayon. The punk Spanish designer (slightly) abandons his use of extravagant shapes and (totally) abandons bright colors for a streamlined and more classic approach using the best italian craftsmen. No less than 22 wooden pieces are necessary in order to manufacture a chair. The silk touch of the wood illustrates the highest quality used. The Ceccotti chair is set to become a best-seller as its new design and Art & Crafts influence is in accordance with Ceccotti's tradition and craftsmanship. Currently available in a dark grey shade, lets hope for a natural tone version of the product....next year perhaps?

11.5.09

VISIONNAIRE

courtesy Galerie Plaisance (6 rue Bonaparte, Paris 6e)

Doux rebelle des années 30 à 50, Félix Aublet manie la lumière avec art . Son enfance dorée entre Tunis et Neuilly ne semble avoir laissé que peu d'influence dans son oeuvre si ce n'est d'avoir la chance de pouvoir exercer son art dans un milieu propice. Tour à tout peintre puis designer (il expose à partir de 1925 au Salon des Artistes Français) et architecte, il rencontre Robert Delaunay au début des années 30 avec qui il fonde "Art et Lumière". Ensemble, dans la lignée des interrogations de l'UAM, il se questionnent sur la lumière et le mobilier. Aublet répond avec une modernité qui lui est propre, utilisant le chrome puis l'acier dans la lignée de la maison Thonet.

Fabriquée par la société Duco au 67 Bd Haussman, puis rééditée en laiton nickelé par le bébé de Putman Ecart; avec sa boule pivotant sur une platine, taquinant l'ombre et la lumière avec malice, cette lampe ne peut laisser indifférente... Si ce n'est son prix*.


Pavillon de l'air © Fonds Aublet
Slightly rebellious in the 1930s to 50s, Felix Aublet manipulates light with art. His golden childhood nestled in Tunisia and Neuilly did not really influence his work only the apparent facility he gained by working in such an environment. First an artist then a designer (his exhibition in 1925 at the French Artist's Exhibition) he then turned architect and met Robert Delaunay in the early 1930s with whom he established "Art and Light". Together they worked in accordance with the UAM questioning the principles of light and furniture. Aublet responded characteristically with his typical modern outlook choosing to use iron? (chrome) then steel, developed following the Thonet principles.

Manufactured by Duco company at 67 Bd Haussman, then re-edited by the Putman'e Ecart; it had a turning ball on socket which captured the light and shade in a clever way, the lamp certainly makes an impression...as it's price-tag.

* Disponible à la galerie Plaisance (Rue Bonaparte, Paris 6e)