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23.4.11

FROM ACE WITH LOVE



Chez Alessi, Baccarat, ou encore l'Institut Suisse, l'ECAL était partout cette année à Milan. Une très belle année pour son directeur Pierre Keller qui passera prochainement le relais à Alexis Georgacopoulos après plus de 15 ans à la tête de la fameuse école. Un oeil qui ne se trompe jamais quand il s'agît de cueillir les jeunes pousses pour leur faire une place au soleil. Pour Camille Blin, ex étudiant remarqué l'année dernière avec sa lampe Gradient, la satisfaction de dépasser le stade de la confidentialité pour "monter à Satellite" est une petite victoire à laquelle Pierre n'est pas étranger. Avec Emmanuel Mbessé et Arnault Weber s'est formé ACE, trio au look alternatif opérant en petit comité à Lausanne. Tirant parti des ateliers de menuiseries suisses, ils ont auto édité une série de six meubles et objets essentiels en frêne. Massif ou lamellé-collé, des derniers dépassent la massivité de leur typologie plutôt stricte pour se rendre léger, démontables ettransportables. Une série d'une alarmante évidence où la rigueur de la conception fait naître les formes puis les usages : chaise, bureau, lampe... De l'extra ordinaire.

Détails de la Lampe de table et Poutre

Détails de la Table / Collection ACE

Emmanuel Mbessé sur la Chaise d'ACE

20.1.11

EFFECTIVE IN SPOTLIGHT


A l'ECAL, même les allumettes ont force d'être source de lumière à elles seules...

L'année commence bien, très bien même pour le design à Paris avec la remise des labels VIAet la présentation chez Kreo des récents travaux des plus in de l'ECAL. Dans cette dernière galerie, Clémence et Didier Krzentowski démarrent l'année avec un presque best of de la fameuse école suisse en alignant le meilleur des derniers mois (Mold Lamp de Michel Charlot, Gradient Lamp de Camille Blin...) et la plus fraîche des cames dont : un superbe écran de table lumineux en aluminium (Screens) de Tomas Kral, une pompe à lumière (Up and Down) de Nicolas Lemoigne, de surprenantes antennes (Antenna Lights) d'Adrien Rovero et surtout une lampe très "italienne" (Scoop) d'Alexis Georgacopoulos. Jeune et agressive, la sélection demeure toutefois très sûre étant donné l'inégalable passion de Didier pour les luminaires depuis sa vieille addiction pour ceux de Gino Sarfatti.

Sur les chapeaux de roues, les prix décernés la semaine dernière au Viaduc des Arts démontraient une fois de plus la vitalité des designers et industriels français. Acteurs attendus, notamment chez les petits devenus très vites grands (Moustache, Petite Friture...), ou non (Sokoa, Leaf Supply...), ils étaient tous là, couronnés de ce mélange d'exigence, d'ouverture d'esprit et durabilité caractérisée par l'association dirigée par Gérard Laizé. On espère donc fort que des modèles comme "le fauteuil d'exécutif qui manquait au design" (dixit Gérard) aka K01 de Jean- Louis Iratzoki inonde rapidement les bureaux avec son allure racée à la Wilmotte et que Leaf Bed, la solution de couchage express pour sans abris par le studio NOCC trouve bientôt preneur chez les directions départementales de la cohésion sociale...

Il n'y pas que la taille qui compte, quoi que... Slim&Strong, Delphine Frey / K01, Jean- Louis Iratzoki

Un écran, deux typologies. Screens, Tomas Kal / Marble lamp, Camille Blin.

Surprise de la sélection VIA : l'horloge radar Coulheur de Bettina Dadon et Franck Murac

6.9.10

UN STYLE, EN MAIN


Avec Bertille Laguet et ses petits jouets Safari en fil de fer et mousse, Camille Blin est une des figures très prometteuses de l'ECAL. Remarqué au printemps dernier à Milan grâce à sa série de lampes Gradient en verre sérigraphié, imaginé selon la logique des variateurs d'intensité, ses inspirations nettement industrielles accouchent d'objets au design mis à nu. Un travail dont il faut chercher la sensibilité du côté de la technique, ici fine et précise. Des illustrations eighties Solid qui explorent différentes textures et surfaces aux lunettes Aimantées (Visilab, 2008) d'une seule pièce d'acier digne d'un nerd des décennies à venir, le design est clair et précis, signature d'un techno style de l'épure déjà bien trempé. Entretien virtuel autour d'une bouteille de vin, Château pour lui (ci-dessous). Santé!


Box, 2008


Comment ton travail s'articule-t-il quotidiennement? Préfères-tu la conception par ordinateur au dessin?

C'est souvent dans la tête que ça commence au début, en marchant dans la rue... Puis le dessin bien sûr. J'aime beaucoup dessiner et je passe souvent de longues périodes à dessiner sur des feuilles volantes avec un edding 0,1 mm. Parfois il s'agit de dessins pour séduire, parfois il s'agît de dessins très directs, impulsifs. La phase informatique est uniquement là pour clarifier les traits, pour les rendre exact en interpénétrant les intentions des dessins à la main.

Comment s'est passé l'étape du prototypage pour les lampes Gradient?

Beaucoup de sueur dans l'atelier, des coups de téléphone aux fournisseurs pour essayer de réduire les délais... et beaucoup de plaisir à utiliser des machines que je ne connaissais pas!

Serais-tu déjà définir ton style?

Je suis, et j'espère encore pour longtemps, dans une phase de découverte. Chaque nouveau projet est une petite aventure dans laquelle j'aime me perdre puis retrouver des repères, je n'aimerai pas me dire qu'à partir de maintenant que je vais n'utiliser que je ce type de matériaux ou créer ce type de formes. J'aime les artistes dont la personnalité transpire au travers des oeuvres mais qui n'est pas appliquée comme une contrainte.

Te prédis-tu exclusivement à une carrière de designer industriel ou serais-tu tenté par la possibilité d'expériences commissionnées par des galeries d'art contemporain et de design?

Je me suis aperçu que certains de mes objets évoluent sur une frontière entre ces deux univers. J'aime beaucoup répondre aux impératifs d'une production industrielle tout en y ajoutant une poésie ou un caractère fort. Pour moi la lampeLuminator (Flos, 1954) d'Achille Castiglioni en est un parfait exemple : une synthèse entre un respect total des contraintes de production et d'utilisation et une personnalité très forte dans le dessin de l'objet.

Te sens-tu appartenir à cette jeune génération de designers associés à la Suisse tel Nicolas le Moigne et le trio Big-Game, qui privilégient un style innovant et malin et toutefois pragmatique?

Certains de ces designers ont été mes professeurset j'ai appris d'eux beaucoup de choses. Et, même si au fur et à mesure je m'en suis distancié, j'apprécie toujours autant certaines de leurs propositions.

Que retiens-tu de l'année écoulée, entre l'exposition de l'ECAL à l'occasion du Salone à Milan, celle à la galerie berlinoise Helmrinderknecht et la présentation aux Designer's Days sur le sol parisien?

Ce que j'aime le plus dans ces expositions, c'est obs
erver les réactions des gens! Le premier regard qu'ils posent sur un objet est très important. Il est vrai, spontané. Souvent je vais leur parler après et j'essaye alors de comprendre leurs goûts. On apprend tellement de cette manière...

Et les vacances?

Elles ont été assez courtes, je suis retourné dans ma maison familiale des Hautes Pyrénées pour y faire des randonnées et depuis le mois d'Août je suis de retour au bureau... des nouveaux projets qui m'attendent!

Haute technicité et soin particulier apporté à la déconstruction de la structure de l'objet sont des éléments importants dans le travail de Camille Blin. Les lampes Gradient dévoilent leur mécanisme de façon à la fois subtile et frontale, dans la lignée du projet Box sur les intensités lumineuses...

... tandis que les bouteilles de vin Château voient leur matière première (le verre) évidé volontairement, tout comme les lunettes Aimantées qui se résument à leur structure robuste bien qu'extra fine.

Solid, 2009

22.11.09

DECONSTRUCTING COFFEE



Il est rare que j'évoque ici le design industriel et technologique, celui des montres, appareils électroménagers et concepts cars... Pourtant il y aurait à en dire. Andrea de Mathieu Lehanneur (qui vient d'ailleurs d'entrer dans la collection permanente du Musée des Arts Décoratifs) est enfin commercialisé, Jasper Morrison sort ses temps-ci une superbe horloge sous l'égide de Muji tandis que le grille pain transparent de Magimix s'annonce être l'un des cadeaux phare pour Noël. Quid du café? Si Nespresso est loin d'être "développement durable" avec ses nombreuses capsules en alu qui s'entassent dans la poubelle et si Bodum reste la seule alternative old-school, la révolution nous vient tout droit du Canada, une des nombreuses terres où l'asphyxie Starbucks a donné lieu a l'émergence de coffee shop indépendants.

Le jeune designer Philippe-Albert Lefebvre, tout juste diplomé de l'Université de Montréal et prêt pour l'ECAL, a réalisé pour sa présentation de fin d'année le genre d'ustensile dont ont tombe immédiatement amoureux tant au niveau de la forme que de la technique. En l'espèce donc, l'eau portée à ébullition dans un reservoir vient couler automatiquement par gravité dans sa copine la carafe où un filtre métallique permanent (plus besoin de le changer) contient le café ou le thé. Réalisé avec l'aide de Braun, le design s'inscrit dans la lignée des appareils conçus par Dieter Rams pour la marque dans les années 60. Un processus volontairement déconstruit, rapide, écolo et ludique revenant, à l'encontre de toute tendance, à l'essence même de la cafetière. Reste à croiser les doigts pour sa commercialisation...

Maquettes de la cafetière KF700-S (Université de Montréal)

Philippe-Albert Lefebvre (photo : Eric Demay)

It's rare that I write about industrial design concerning watches, electrical appliances and cars... Nevertheless there are comments to be made. Mathieu Lehanneur's Andrea (which is now part of the Musée des Arts Décoratifs permanent collection) is at last being commercialised, Jasper Morrison has recently produced a superb wall clock under Muji's name and the transparent Magimix toaster is a popular choice on this year Xmas gift list. How about coffee? Even if Nespresso is not helping out 100% ecologically with their coffee doses made out of aluminum and filling the trash can, the Bodum method is still a smart alternative. However the new "trend" has come from Montréal, as another saturated Starbucks market gave way to new independent coffee shops.

The young canadian designer Philippe-Albert Lefebvre who has just obtained a diploma at the University of Montréal is now ready for ECAL. He made an outstanding presentation at his final exam with an object of instant attraction because of its shape and technique. It represented a reservoir of boiling water that automatically drips down due to gravity into a coffee pot equipped with a permanent metallic filter (no replacement necessary) which contained the coffee of the tea leaves. The appliance made with the assistance of Braun has a Dieter Rams feeling, remembering his creations in the sixties. Choosing to use a process that pulls it to pieces, it is quick, clever and environmentally protective therefore trendy and defining today's coffee culture. Hoping then to see it on the market...