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2.11.10

THE BOX


Fat Tray, dessiné par Harri Koskinen pour Alessi


Dans la région du Piémont en Italie, la maison d'Alberto Alessi est tout sauf design. Sur un sol alternant béton ciré et parquet brut, de quelconques canapés blanc permettent ici et là de se lover. Dans les pièces, seuls quelques objets du catalogue de la maison d'édition sont distinguables comme le cendrier Spirale (1985) d'Achille Castiglioni. Des objets qui servent discrètement leur fonction. En exclusivité pour le site de vente en ligne Made in Design, l'entrepreneur est ainsi tout aussi discret, mettant avant tout en avant la fonction et le plaisir de l'usage. De la volonté d'un coffret qui pourrait être utilisé comme une boite, un plateau et une petite table basse est né Fat Tray, qui n'a de "gros" que le nom. Dans une large structure rectangulaire en bambou se glisse donc un service pour quatre personnes qui reprend simplement des pièces éditée par Alessi : assiettes blanches de Jasper Morrison et verres à eau d'Harri Koskinen, par ailleurs designer de ce coffret. Deux belles références maison qui, calées par des séparateurs disposés à l'intérieur ne devraient a priori subir aucune casse comme vient le souligner l'intéressé : Je crée toujours en imaginant que je suis moi même le destinataire. Maladroit Alberto?


Alberto Alessi, (c) Mads Mogensen, DK

A l'intérieur de maison d'Alberto, chaise blanche anonyme et suspension Glo Ball de Jasper Morrison (Vitra). (c) Mads Mogensen, DK

Dans le Fat Tray, assiette de Jasper Morrison et verre d'Harri Koskinen

22.11.09

DECONSTRUCTING COFFEE



Il est rare que j'évoque ici le design industriel et technologique, celui des montres, appareils électroménagers et concepts cars... Pourtant il y aurait à en dire. Andrea de Mathieu Lehanneur (qui vient d'ailleurs d'entrer dans la collection permanente du Musée des Arts Décoratifs) est enfin commercialisé, Jasper Morrison sort ses temps-ci une superbe horloge sous l'égide de Muji tandis que le grille pain transparent de Magimix s'annonce être l'un des cadeaux phare pour Noël. Quid du café? Si Nespresso est loin d'être "développement durable" avec ses nombreuses capsules en alu qui s'entassent dans la poubelle et si Bodum reste la seule alternative old-school, la révolution nous vient tout droit du Canada, une des nombreuses terres où l'asphyxie Starbucks a donné lieu a l'émergence de coffee shop indépendants.

Le jeune designer Philippe-Albert Lefebvre, tout juste diplomé de l'Université de Montréal et prêt pour l'ECAL, a réalisé pour sa présentation de fin d'année le genre d'ustensile dont ont tombe immédiatement amoureux tant au niveau de la forme que de la technique. En l'espèce donc, l'eau portée à ébullition dans un reservoir vient couler automatiquement par gravité dans sa copine la carafe où un filtre métallique permanent (plus besoin de le changer) contient le café ou le thé. Réalisé avec l'aide de Braun, le design s'inscrit dans la lignée des appareils conçus par Dieter Rams pour la marque dans les années 60. Un processus volontairement déconstruit, rapide, écolo et ludique revenant, à l'encontre de toute tendance, à l'essence même de la cafetière. Reste à croiser les doigts pour sa commercialisation...

Maquettes de la cafetière KF700-S (Université de Montréal)

Philippe-Albert Lefebvre (photo : Eric Demay)

It's rare that I write about industrial design concerning watches, electrical appliances and cars... Nevertheless there are comments to be made. Mathieu Lehanneur's Andrea (which is now part of the Musée des Arts Décoratifs permanent collection) is at last being commercialised, Jasper Morrison has recently produced a superb wall clock under Muji's name and the transparent Magimix toaster is a popular choice on this year Xmas gift list. How about coffee? Even if Nespresso is not helping out 100% ecologically with their coffee doses made out of aluminum and filling the trash can, the Bodum method is still a smart alternative. However the new "trend" has come from Montréal, as another saturated Starbucks market gave way to new independent coffee shops.

The young canadian designer Philippe-Albert Lefebvre who has just obtained a diploma at the University of Montréal is now ready for ECAL. He made an outstanding presentation at his final exam with an object of instant attraction because of its shape and technique. It represented a reservoir of boiling water that automatically drips down due to gravity into a coffee pot equipped with a permanent metallic filter (no replacement necessary) which contained the coffee of the tea leaves. The appliance made with the assistance of Braun has a Dieter Rams feeling, remembering his creations in the sixties. Choosing to use a process that pulls it to pieces, it is quick, clever and environmentally protective therefore trendy and defining today's coffee culture. Hoping then to see it on the market...

9.11.09

L'AGE DU LIEGE

Courtesy Galerie Kreo / Fabrice Gousset

Après Jasper Morrison et sa fameuse série Cork pour Vitra et Mooi où fauteuils, tables et tabourets étaient entièrement conçus en liège, Martin Szekely a dévoilé samedi dernier rue Dauphine Simple Boxes. L'autre pape du design minimal contemporain s'est mis à l'utilisation de ce matériau en partant du simple postulat selon lequel chacun d'eux se devraient d'être vus de près ou de loin comme de "simples boites". Toujours plus loin dans l'abstraction et toujours très à l'avance dans la technique, avec toute l'exigence matérielle rendue possible par le labo du design qu'est Kreo depuis dix ans, Szekely manie le liège avec génie, mue des tabourets en boite et des tables en tabourets à l'infini...

Ici, Martin dompte le liège (matériau-scorpion par excellence utilisée depuis le XVIIe, résistant au feu et à l'humidité) avec une force technique sans pareille en réduisant l'assemblage à de simples emboîtements. Associé à la puissance esthétique des formes, il signe ainsi un de ses plus beaux ensembles pour la galerie parisienne depuis les tables en béton Concrete (2008). Gardez-vous en bien de dire que le liège est recyclable...


9.9.09

SUSTAINABLE


Les trois tailles d'A Scent, le nouveau parfum Miyake


On ne compte plus les designers commissionnés pour dessiner des flacons de parfums. Ross Lovegrove pour Narciso Rodriguez en début d'année, Ron Arad pour Kenzo cet été... tout (ou presque, heureusement) les grands noms du design se sont vu offrir ce défi, ce challenge si particulier de dessiner le contenu d'un élixir griffé, outil du fast access au luxe. Et voilà Issey Miyake qui sort un nouveau parfum, avec la discrétion et le savoir faire en la matière qui caractérise cette maison japonaise depuis le succès mondiale de l'Eau d'Issey. Au delà de la mode, le monde d'Issey a depuis longtemps entretenu une relation privilégiée avec designers et artistes en les invitant à s'exprimer. Back in the eighties, Shiro Kuramata avait d'ailleurs dessiné un projet de flacon (non commercialisé) pour l'Eau. Comme une évidence, la marque a donc fait appel à un designer de renom pour penser le corps de son nouveau parfum féminin A Scent. Comme une évidence, c'est Arik Levy qui s'est naturellement imposé. Rencontre hier avec le designer.

Entre deux videos sur son iPhone, Arik Levy attend un appel de son fils... / Flacons d'A Scent by Issey Miyake (courtesy BPI International)

Il est très grand Arik. Avec sa bonne mine, le sourire aux lèvres, il met tout le monde à l'aise. C'est presque si l'on aurait du mal à croire qu'il avait vécu au Japon. Une terre distante, à mille lieux de son actuel studio parisien et d'Israël, sa terre natale. Un métissage culturel qui fait la force et le charme de ses créations : ses rochers multi-facette, ses lampes extraordinaires pour Rove et ses installations. Une signature, un style où se marient les contrastes, où brutalité et douceur cohabitent. Une métaphore évidence liée à ses origines : " La thématique de l'obstruction, de la révélation et de la lumière sont effectivement liés à là d'où je viens, cette ville où la violence est partout, facteur d'une certaine dureté, mais où les rapports humains coexistent avec harmonie, se révèlent ". On pense alors à son installation pour la boutique Cassina du Boulevard Saint-Germain l'année dernière où les visiteurs étaient conviés à se lover à l'intérieur d'un énorme rocher. Un refuge. De la même manière, ce choc des matières intervient en l'espèce avec le flacon d'A Scent : un verre poli puis transparent, opaque sur le côté et limpide en facade. Accolés les uns aux autres, les différentes tailles de flacons forment une chaîne qui peut s'étendre à l'infini. Une expérience réalisée quelque mois plus tôt au Musée de l'Homme, matérialisant des valeurs chères à Arik (le contact humain, la transmission du savoir, la quête de l'essentiel) au coeur du projet pour Miyake : " Bien que je ne l'ai pas rencontré, Issey m'a totalement fait confiance (...) J'avais l'envie de créer quelque chose d'intemporel, un objet que l'on regardera comme au premier jour dans vingt ans, comme le flacon de l'Eau d'Issey. Une forme très épurée était donc essentiel ". Une philosophie qui n'a jamais été aussi pertinente à l'heure de la surproduction. Arik s'étonne d'ailleurs de la profusion de parfums et gadgets olfactifs en toute genre qui envahissent le marché chaque année : " Le nombre que j'avais en tête, environ 100 parfums sortis chaque année, m'a vite été démenti, ce serait plutôt 300! Où est le plaisir? "

Présentation d'A Scent au Musée de l'Homme

Arik Levy est un designer de notre temps, exempté de tout opportunisme commercial dans son travail, comme le sont Morrison ou Szekely, à des années lumières d'Hadid ou Rashid. Des distances prises avec toute boulimie de l'objet qui permettent de l'épanouir : " L'envie me motive... faire quelque chose que j'aime avant tout. Je suis un être humain. Je ne dors pas beaucoup mais j'auto-innove toutes les minutes ". Que l'argent emporte ses rochers vers les sommers du marché de l'art, il s'en fiche : " Ce qui compte en design, c'est l'innovation ". Par le phénomène du design de galleries et des prototypes aux prix luxueux, le marché de l'art actuel sert d'ailleurs bien ce propos selon lui en faisant avancer la création, poussant à la recherche. Arik s'amuse d'ailleurs que le design prend actuellement une place de choix aux côtés de l'art contemporain, de Londres à Miami : " Au contraire, les chaises de Franz West ne pourrait même pas passer la porte du Salone del mobile ! "