30.4.11

DETAILS


Chaise en chêne et taurillon grainé, réédition Jean-Michel Frank.


Fidèle à son esprit de crèmerie de luxe, la maison Hermès a enchanté tout le monde du design depuis sa dernière présentation à la Pelota pendant le Salon de Milan. Coloriste, illustrateur et spécialiste de l'ameublement, arts de la table, tapis, papiers peints et sublimes objets d'usage, la maison au cheval qui se transforme en Pégase retrouve l'amour de son expertise liée au cuir et belles matières pour une collection évènement, puisant tant dans son héritage qu'elle se tourne vers le plus glorieux des avenirs. Dans la continuité des réalisations sobres et minimales du culte Jean-Michel Frank pendant les années 20 et 30, rééditées l'année dernière, la marque se pose dans des chic contrées. Au programme, les plus grands designers dont Enzo Mari et Rena Dumas de RDAI (responsable du store rue de Sèvres) ont été invités à proposer du mobilier superbement pur et essentiel. La chaise et le bureau en noyer de ce dernier pour la collection Métiers en est le plus belle exemple. Divins, les matériaux employés. Exceptionnel, le niveau de finition. Plus belle ces réalisations deviendrons dans quelques années quand, naturellement vieillies, elles accuseront du temps écoulé...


Collection Métiers, Table ovale en marbre Breccia aurora et taurillon lisse gold.

La collection de tissus joue avec les codes de la maison. A gauche, le chevron d'Hermès réinterprété par Nigel Peake. Les damiers de droite mixent coton et crin pour un effet soyeux inattendu.

Réédition du paravent en marqueterie paille de Jean-Michel Frank

Canaletto (détail), chaise en noyer et taurillon lisse ébène, par Enzo Mari.

.
Papier peint Pêle-mêle par Philippe Dumas

23.4.11

FROM ACE WITH LOVE



Chez Alessi, Baccarat, ou encore l'Institut Suisse, l'ECAL était partout cette année à Milan. Une très belle année pour son directeur Pierre Keller qui passera prochainement le relais à Alexis Georgacopoulos après plus de 15 ans à la tête de la fameuse école. Un oeil qui ne se trompe jamais quand il s'agît de cueillir les jeunes pousses pour leur faire une place au soleil. Pour Camille Blin, ex étudiant remarqué l'année dernière avec sa lampe Gradient, la satisfaction de dépasser le stade de la confidentialité pour "monter à Satellite" est une petite victoire à laquelle Pierre n'est pas étranger. Avec Emmanuel Mbessé et Arnault Weber s'est formé ACE, trio au look alternatif opérant en petit comité à Lausanne. Tirant parti des ateliers de menuiseries suisses, ils ont auto édité une série de six meubles et objets essentiels en frêne. Massif ou lamellé-collé, des derniers dépassent la massivité de leur typologie plutôt stricte pour se rendre léger, démontables ettransportables. Une série d'une alarmante évidence où la rigueur de la conception fait naître les formes puis les usages : chaise, bureau, lampe... De l'extra ordinaire.

Détails de la Lampe de table et Poutre

Détails de la Table / Collection ACE

Emmanuel Mbessé sur la Chaise d'ACE

20.4.11

THIS WAS MILAN



On met toujours (beaucoup trop) de temps à digérer notre escapade annuelle à Milan. Pour ma part le temps de digestion fut cette année de trois mois en comptant départ, le retour, les papiers à rendre et un déménagement. Alors au lieu de créer une dizaine de post inondés de photos pris à Satellite, Lambrate, Tortona, la Triennale et partout dans la ville je me suis décidé à utiliser l'horrible fonction diaporama de Picasa - celle qui met trois plombes à charger une flopée de photos sur un Macintosh dernier cri. Les plus courageux d'entre vous cliqueront sur le lien RSS. Pour revenir à la fiera et faire court, Milan a cette année brillé par de très beaux paris ergonomiques et fonctionnels chez les grands éditeurs (cf. fauteuils de Konstantin Grcic chez Vitra et Plank), d'époustouflants travaux d'architecture signés des plus grands à l'Université de Milan (à voir dans un prochain post), une seconde édition de Lambrate plus-cutting-edge-tu-meurs, des belges partout de Satellite aux superbes coursives de la pinacothèque de la Brera, du mystique shocking avec l'installation de Gaetano Pesce à la Triennale et des delicieux aperitivo (et babyfoot!) à n'en plus finir. Lire la presse pour les comptes rendu, ouvrir une bouteille en quatre temps pour les compte rendu en images ci-dessous.

31.3.11

GIRL POWER


Maastricht est une ville qui pourrait s'apparenter à Gand en Belgique. Une ville-village à taille humaine, frontalière avec la Belgique qui, partage avec elle ce sens inné de la culture pointue et accessible dont le Bonnefantenmuseum (1995) d'Aldo Rossi est un des symboles. Un tantinet éloigné du centre existe ainsi Marres, centre culturel contemporain qui depuis sa création en 1998 s'est très vite imposé au Pays Bas comme une institution majeure. Nichée dans un ancien hôtel particulier avec un sublime jardin tout juste défraîchi comme il faut, Marres dispose d'une des librairies les plus intéressantes de la ville avec une sélection de livre d'art épuisés introuvables ailleurs + un café nickel pour y déjeuner ou prendre un verre. Passé ces qualités qui font d'un centre d'art un véritable lieu de vie, ma venue au Marres était motivée par Madame Realism, exposition que Monsieur Design se devait naturellement d'aimer... Un pari curatorial mêlant art et design (des objets de Jeanette Laverrière notamment) où le sens du décorum et de la mise en scène d'intérieur remet en place le statut de l'homme-patriarche. Avec un programme exclusivement composé de travaux réalisés par des artistes femmes, Madame Realism pose un regard contemporain sur la notion de domesticité et des affects que cette dernière peut provoquer.

Concentré sur les tâches domestiques, le discours de l'exposition ouvre cependant le regard vers l'extérieur, défiant les barrages imposés par la "mélancolie" du statut de femme au foyer. Les parallèles établis entre les tradi jobs de la femme du XIXe aux fifties (couture, ménage etc...) et son heureuse ascension vers le statut de working girl (et des inquiétudes qui en découle) sont exprimés de façon tantôt très duchampienne, memphisienne et néo-conceptuelle. Cette succession d'adjectifs tous plus chics les uns que les autres pourrait en faire reculer plus d'un(e). Il n'en est rien et l'essai d'Avigal Moss (à lire ici) au sujet de cet événement pluridisciplinaire plutôt complexe est d'une rare clarté. Merci Madame!


Jardin / Vue de l'installation de Bonnie Camplin

Sculpture d'Eva Berendes

Installation vidéo Sculptor (2010-11) par Ruth Buchanan

Intérieur du café. La banquette, commande spéciale, court sans interruption le long des murs bardés de miroirs.
/ Miroir Before After (2011) de Pernille Kapper Williams

Installation composée de machines à écrire, tissus, mobilier et miroirs + oeuvre murale en noir et blanc (2009). Le tout par Lili Reynaud-Dewar.

Dessin (2007) de Bonnie Camplin.

5.2.11

SEMIOSES

Folding Screen (Yellow), 2003

En sus des questions qu'il émet autour de la notion d'identité sexuelle et sociale, teintées de références toujours bien sentie envers le minimalisme américain, il est toujours plus ou moins question de design dans l'oeuvre du plasticien yankee Tom Burr. Sa première exposition institutionnelle en France à l'excellent FRAC Champagne-Ardenne mené par Florence Derieux ne déroge pas à ses slick déconstructions volontaires et millimétrées des espaces physiques appartenant à la conscience collective ou personnelle. On démarre d'ailleurs avec une longue rampe dont le trou à l'extrémité est une référence à une performance de Vito Acconci circa 1972 à la galerie Sonnabend de New York où ce dernier se masturbait tout en écoutant passer les visiteurs huit heures par jour... De livres posés ici et là sur cette rampe à d'autres oeuvres où des plaques sont envelopés de lourds draps noir ou tissus de T-shirt déchirés à la Helmut Lang, on monte à l'étage de l'exposition pour découvrir - surprise - un ensemble de collage de barbes découpés collés sur des planches de bois dont les veines suggèrent les contours de possibles visages... Entre des passables "jupes de mur" (bouts de tissus qui parsèment les murs du lieu), on termine lavisite avec Susan blushing. Une installation mêlant chaises et tissus rougeâtre mettant en lumière l'écarlate passion à venir entre l'intellectuelle Susan Sontag et la photographe Annie Leibovitz grâce à un exemplaire d'un vieux Vanity Fair où la première devant l'objectif s'était laissé photographiée par la seconde.

Plus que des références d'un microcosme avant-garde gay, l'universalité de l'oeuvre de Tom Burr fait que le grand public peut facilement s'approprier ses pièces. D'une élégance fétichiste, stricte et savamment aléatoire dans la mise en place des éléments plastiques les uns par rapport aux autres, l'artiste américain est clair dans son intention quand on l'interroge : "Je designe l'espace pour y déposer la confluence de mes émotions". Ses Folding screen, 12 steps to Hell et Four Sides to Myself mettaient déjà explicitement en scène l'objet mobilier (un paravent, une chaise...) comme la clef de toutes les narrations implicites autour des thèmes identitaires chers à l'artiste. Avec son piédestal et ses trois chaises anonymes peintes en rouge, sa dernière installation pour le FRAC Champagne-Ardenne utilise le meuble comme support à la nostalgie et l'émotion - d'où la couleur rouge. Et de Tom de le confirmer : "Je suis toujours à la recherche d'une harmonie entre la chance, le hasard et le design".


Vue de l'exposition au FRAC Champagne-Ardenne / Bitch, Immediatly After Vinyl, 2004 - référence au film Vinyl d'Andy Warhol ainsi qu'à Orange Mécanique.

Susan Blushing, 2010

31.1.11

SOFT SHOCK

Blok

L'un demande : "D.lab, tu connais?" L'autre rétorque : "Attends, ça me dit quelque chose..." Silence. Pas encore distribué en France et passé quasiment inaperçu alors qu'il expose depuis trois ans à Paris lors des salons Maison & Objet, ce centre de recherche singapourien (Design Incubation Centre) édite depuis 2008 les créations d'une douzaine de designers et céramistes asiatiques. Après un passage remarqué au salon Satellite milanais l'année dernière, leur quatrième collection voit enfin le jour avec des pièces autrefois tirées en série limité (à cause des capacités limitées de productions du studio) qui sont désormais inclues dans la collection produite en série. Une collection forte et homogène, faisant la part belleàa des matériaux tantôt bruts ou sophistiqués (cuivre, aluminium, érable, Corian). Des matériaux traité avec une étonnante simplicité. Qu'ils s'appellent Mario, Shh, Explorers ou encore Peculiar Attachments, les services de tables, miroirs, lampes et boites de D.lab ont en commun de contours doux à l'oeil et au toucher en plus d'avoir leur propre identité, tel de petites figurines qui pourraient tout droit sortir d'un ouvrage traitant du kawaï en design.

Le directeur de D.lab Patrick Chai est formel : "Chez D.lab on se pose la question de ce que veulent être les formes". Des rêves accomplis grâce à la mise en place d'un niveau élevé de technicité où les plus geek des techniques de production accouchent toujours de quelques notes de poésie. Ainsi, le vase Botanika dévoile ses formes féminines et spiralées grâce au découpage du nylon par un laser. Toujours aussi mignon et graphique, le studio excelle dans les luminaires avec des lampes aux formes d'une fabuleuse simplicité détournée où la diffusion de la lumière se fait volontairement tempérée et indirecte. D'un chic certain et vaporeux, D.lab propose un design qui se fout des tendances pour capter nos sens. Likez svp.


Détails. Vase en cuivre Towers / Lampe Mario (grand modèle)


Monoplates, des plats en Corian.

Soft Block / Everyday, verre et carafe

21.1.11

NEW YEAR, NEW CARDS


Vue du Hall 5A


On avait arrêté de croire aux miracles au sujet de Maison & Objet depuis quelques éditions. L'édition post estivale de Septembre , quoi que toujours pauvre en nouveautés, ayant habilement tenté de sauver les meubles en misant tout sur le outdoor... Fort heureusement, il en est fini de ce gâteux sommeil, Maison & Objet 2011 nous a plutôt gâté sur Now! Design à vivre avec notamment des nouveautés inattendues (oui oui) chez Ligne Roset et Cinna, dont les stands se volaient chacun à leur tour la vedette en face des italiens de Skitsch. Chez le premier, le canapé est le meuble matrice des nouveautés : le fabuleux Ruché d'Inga Sempé (label VIA 2011) existe désormais en lit, Ploum des frères Bouroullec estune version scandaleusement confortable de leur canapé Quilt édité par Established & Sons, et Résille de Philippe Nigro est un fauteuil à double dossier de fer. Une assise avec laquelle le designer poursuit avec Roset sa réflexion sur l'asymétrie inaugurée avec le canapé Confluence.

Armoire de toilette Kali du duo Doshi Levien, Authentics

Batterie de cuisine de Naoto Fukasawa, Alessi / Tapis Roots de Matali Crasset, Nodus / Seau à champagne en forme de bac à peinture, Maison Martin Margiela / Stand R3ilab

Prototype du fauteuil Grillage (2008) , François Azambourg

Le design français était donc en forme à Villepinte, de Matali Crasset avec son très Burtonien tapis Roots pour Nodus jusqu'à Stéphane Parmentier (designer venu à la décoration par la mode) via l'excellente galerie suisse Ormond Editions qui présentait ses tables en pierre de lave de la région de Volvic. Au détour du traditionnel café Intramuros et de l'exposition consacrée aux deux frères bretons, les savants travaux autour du carbone des jeunes designers de l'ENSCI étaient exposés. Impressionnant, le ventilateur B-low de Théodore Faure permet avec sa seule aile de brasser l'air. Enfin, il fallait s'aventurer du côté du hall Scènes d'Intérieur où les manufactures françaises démontraient une fois de plus leur intérêt à investir dans la création contemporaine, tel Bernardaud qui poursuit sa collaboration avec les frères Campana autour d'assiettes figurant en plein façon patchwork les photos des meubles icones de ces derniers. Finissons enfin ce best of express avec la maison Puiforcat qui réédite (enfin) d'anciens services Art Déco de Jean Puiforcat... Et la shopping list du printemps est lancée!


Enceinte analogique de Pierre Bayol (ENSCI) / Ventilateur B-low de Théodore Faure (ENSCI) /
Vue de l'exposition Hidden Carbon /Gobelet Kali des Doshi Levien, Authentics

Distributeur de savon liquide Kali des Doshi Levien, Authentics / Table Lava de Stéphane Parmentier, Ormond Editions

Vue de l'entrée de Haute Tension par Elizabeth Leriche, étape 2 du parcours des tendances 2011/2012.

20.1.11

EFFECTIVE IN SPOTLIGHT


A l'ECAL, même les allumettes ont force d'être source de lumière à elles seules...

L'année commence bien, très bien même pour le design à Paris avec la remise des labels VIAet la présentation chez Kreo des récents travaux des plus in de l'ECAL. Dans cette dernière galerie, Clémence et Didier Krzentowski démarrent l'année avec un presque best of de la fameuse école suisse en alignant le meilleur des derniers mois (Mold Lamp de Michel Charlot, Gradient Lamp de Camille Blin...) et la plus fraîche des cames dont : un superbe écran de table lumineux en aluminium (Screens) de Tomas Kral, une pompe à lumière (Up and Down) de Nicolas Lemoigne, de surprenantes antennes (Antenna Lights) d'Adrien Rovero et surtout une lampe très "italienne" (Scoop) d'Alexis Georgacopoulos. Jeune et agressive, la sélection demeure toutefois très sûre étant donné l'inégalable passion de Didier pour les luminaires depuis sa vieille addiction pour ceux de Gino Sarfatti.

Sur les chapeaux de roues, les prix décernés la semaine dernière au Viaduc des Arts démontraient une fois de plus la vitalité des designers et industriels français. Acteurs attendus, notamment chez les petits devenus très vites grands (Moustache, Petite Friture...), ou non (Sokoa, Leaf Supply...), ils étaient tous là, couronnés de ce mélange d'exigence, d'ouverture d'esprit et durabilité caractérisée par l'association dirigée par Gérard Laizé. On espère donc fort que des modèles comme "le fauteuil d'exécutif qui manquait au design" (dixit Gérard) aka K01 de Jean- Louis Iratzoki inonde rapidement les bureaux avec son allure racée à la Wilmotte et que Leaf Bed, la solution de couchage express pour sans abris par le studio NOCC trouve bientôt preneur chez les directions départementales de la cohésion sociale...

Il n'y pas que la taille qui compte, quoi que... Slim&Strong, Delphine Frey / K01, Jean- Louis Iratzoki

Un écran, deux typologies. Screens, Tomas Kal / Marble lamp, Camille Blin.

Surprise de la sélection VIA : l'horloge radar Coulheur de Bettina Dadon et Franck Murac

30.12.10

FANCY UP

Bandana à franges, Lookbook Confetti System

Qui aurait parié une seule seconde quelconque retour de hype sur les confettis? Serieusement. Personne, à part Confetti System. Installé à New York, ce studio formé par Julie Ho et Nicholas Andersen peut déjà se targuer d'avoir séduit toutes les rédactions Condé Nast d'Outre Atlantique, des indie performers très aduléscomme les Yeah Yeah Yeahs ou encore le photographe Todd Selby aka Sartorialist de la déco bobo. Ma première introduction au travail de Confetti System fut au sein de l'excellent concept store bruxellois Hunting and Collecting en début d'année. Depuis, je me prends à rêver en ces nuits d'hiver de mon appartement à être envahi de leur guirlandes de pompons, pinatas géantes et rideaux argentés. Des éléments à bas prix fabriqués dans leurs ateliers, pièces aux formes quasi-primaires s'accaparant d'une palette de couleurs subtilement eighties donc dans l'air du temps : beiges, acidulées et pastels.


White Pinata

Très demandé pour des événements privés, le studio ne chôme pas et la plupart de leur productions sont déjà en rupture de stock chez Hunting and Collecting à Bruxelles et Opening Ceremony à New York. Quand à savoir si ces merveilles pop seront disponible à Paname... On se tarde à attendre en s'imaginant foutre le bordel dans une salle de balle décorée le duo au son de Sleigh Bells, duo lui aussi new-yorkais, dontla musique est l'union absolument improbable mais au combien jouissive d'un chanté à la parade de pom-pom girls sur des lourdes basses et guitares torturées. Du fun, de la nostalgie et une explosion de confettis. 2011 sera le pompon! Happy new year to you all.

Gold Pinatas et guirlandes multicolores

Arbuste Abelia grandiflora dit "Confetti"

18.12.10

PEACLOCK


Portrait par François Delbecque


Créer une nouvelle horloge murale est un exercice de plus en plus difficile pour tout designer sachant que la question a déjà été explorée maintes fois avec succès, de Dieter Rams à Naoto Fukasawa. Sans doute fallait-il simplement repenser les deux aiguilles pour accoucher d'une nouvelle typologie et ce sans dénaturer la fonction première de l'horloge, à savoir lire l'heure. C'est justement ce processus que porte le duo israélien derrière Studio Ve avec Manifold clock, pièce majeur de leur catalogue à prix mineur. Une relecture du système à travers le thème de multiplication où comment rendre véritablement subtilement éblouissant un objet habituellement des plus transparents et ennuyeux. A la fois surprenant par l'utilisation sur plusieurs gammes de couleurs du Tvek, matériau en fibres de polyéthylène ressemblant de près ou de loin à du papier, il est parfaitement bien proportionné et rassurant par sa base en acier blanc tout à fait anonyme, le temps qui y court permettant d'observer la belle s'ouvrir comme un insolent paon.


Tandis que le diamètre base ne mesure pas plus de 11 centimètres, les aiguilles s'étendent en largeur jusqu'à 27 centimètres.

Une armée de Manifold clock... De gauche à droite : modèles Brun/Bleu, Orange/Vert et Beige/Rouge

9.12.10

HOLY WOOD


Triangle chair (2010) par RO/LU, Mondo Cane


Les traces laissées dans le domaine du mobilier par Donald Judd sont biens plus conséquentes qu'il n'aurait pu l'espérer. On ne compte plus les suiveurs des modèles 84/85 ou encore 42. Des chaises mises au monde de façon totalement désintéressé à l'aspect décoratif malgré lui du design mobilier, qui ont justement attiré l'oeil sur leur extrême simplicité presque religieuse caractéristique chez l'artiste américain. Aujourd'hui il est justement question de bois, de néo-minimalisme et surtout de ricains avec le studio RO/LU (pour Rosenlof et Lucas), basé à Minneapolis. Questions archi et aménagement d'intérieur, le nombre de commandes à leur compteur est important. Les résultats? D'une simplicité presque scandaleuse toutefois bienvenue, fonctionnelle et lucide. Il est d'ailleurs assez sympathique de suivre l'avancé de leurs travaux via leur blog, élémentaire et élégant. Lucides, leurs premières pièces de mobilier - essentiellement des assises - se inspirées ici et là de caisses de rangements et autres éléments de chantiers qu'ils ont rencontré lors de leur travail chez des particuliers ou pour des espaces publics. Exposés actuellement à la galerie new-yorkaise Mondo Cane, ces éléments strictement géométriques ou a pans coupés ne revendiquent point Judd mais plutôt Scott Burton, un sculpteur américain très présent dans les collections américaines. Un univers que le duo qualifie de "géométrie morale". De savants termes qui cachent en fait une forêt d'affects simples où RO/LU et leur galeriste mettent surtout l'accent sur le caractère "handmade" du projet, invitant les visiteurs tester les meubles lors du vernissages. Impossible avec du Judd en galerie.

Logo estampillé de Labt / Fiche technique de la Ttable, le tout par Jan & Randoald

Tables loose-fit 2 et loose-fit 10, Henk De Smet et Paul Vermeulen pour Labt

Du côté de l'Europe, le bois a toujours autant la cote chez les jeunes designers. A Gand en Belgique, le tout jeune studio Labt découvert cette année dans la "Kasbah" du salon Interieur à Coutrai a des propositions rustiques assez épatantes avec peu de moyens, jouant sur le talent des graphistes anversois Jan et Randoald à mettre en scène leur tables, chaises et étagères dans un jeu de tampons, pliages et photographies subtilement saturées. De jolis rubans qui exposent des meubles à priori simples mais tordu. Ainsi sur la table TTable des graphistes, invité pour l'occasion, le plateau dégouline en nappe asymétrique. Quand au dyptique de tables loose-fit 10 et 2 par Henk De Smet et Paul Vermeulen, les piétements trapézoïdaux sont légèrement inclinés ou supportent un plateau surdimensionné. Quand le bois s'incline vers un surréalisme tenu, on suit la route en applaudissant.


Box / Triangle chair (2010), séries d'assises par RO/LU, Mondo Cane

+ Chair (2010), RO/LU, Mondo Cane

4.12.10

AMISH 2.0.

Quilt Q5A, Jessica Odgen et Jean Touitou pour APC.

La dernière fois que j'ai parlé de tissus sur ce blog? Un bail. La dernière fois que le patchwork était à la mode? Bail aussi. Bien heureusement, l'équipe d'APC est là pour nous remémorer que leur talent à rendre "hystériquement normal" donc indispensable n'importe quel vieux truc obsolète mais au combien simplissime sorti d'une boutique army ou du charmant grenier de votre grandma'. Une ritournelle aux nombreux adaptes(moi le premier) qui amène la marque a conduire des nombreux partenariats. En même temps que ceux avec Aesop et Carhartt font surface, le label de Jean Touitou ressort ses vieux stocks de tissus pour les bienfaits des intérieurs en manque d'une énième valeur sûre. Cela donne des plaids et couvertures effectuées selon la technique du patchwork. Tout aussi néo-tradi, APC vend au mettre ses tissus (rayure, fileté bleu, emilia rouge...) via LAB en compagnie de Liberty et Kvadrat. Des modèles dispos aussi en linge de maison. De quoi rendre accro n'importe quel amateur du duo infernal qualité et simplicité - sous l'égide d'un pseudo no logo forcément mercantile. Régressif, rassurant et très chic sur nos épaules ou notre lit pour les longues soirées d'hiver.

Plaine en laine "jacquard jaune", LAB. / Tapis de jeu en Liberty, LAB.

Matelas d'appoint "chambray", LAB