14.2.09

SMALL BUT SPICY

Lovée dans le passage de l'Ancre (n°3), derrière la rue de Turbigo, la galerie Revolt's (01 42 71 77 38), à peine ouverte depuis un mois, offre ce qu'il manquait en France : Ineke Hans, Joost Van Bleiswijk, Christien Meindertsma... ils sont tous là : la crème du Dutch design. Un design direct, avant-garde mais fonctionnel, subtil et intemporel.

L'ambiance de la galerie est détendue mais pointue. Ce qui saute aux yeux, c'est l'accessibilité des meubles d'architectes et designers présentés : une chaise à moins de 500 euros, un buffet avoisinant les 3000 euros... des prix accessibles qui permettent au collectionneurs de suivre le travail d'un designer. Ce sont des séries limitées ou des pièces uniques sur commande. De l'astucieux bureau du belge Bram Boo aux étonnants poofs en laine de l'hollandaise Christien Meindertsma faits main avec des aiguilles d'1m80 de long (!), les pièces ont tous un point commun : un savoir faire certain, auquel s'ajoute une volonté propre au design hollandais : la réduction des coûts et le respect de l'environnement. D'ailleurs, la plupart des designers utilisent des matériaux bruts, voir pauvres, avec une véritable sensibilité dans la fabrication...

Le rendez-vous est pris à 17 heures avec le directeur de la galerie Revolt's. Nike dunk au pieds, Alexandre Popoff défend ses choix..."Avec l'ouverture de cet espace mon but premier est de faire comprendre le travail de chaque designer, le faire respecter." Défenseur d'un design "simple et honnête", Alexandre Popoff a failli ouvrir à Istanbul, heureusement pour nous il a choisit Paris...



















Quels rapports avez-vous avec les designers que vous présentez?

C'est une démarche personnelle. J'allais régulièrement à Amsterdam, où j'avais déjà un certain réseau. Ce sont des gens que je connaissait déjà depuis un moment - je ne pensais pas même travailler avec eux un jour, ça c'est fait naturellement, très vite. Ces designers ce sont rendu compte qu'il était possible d'avoir un écho à Paris, ce qui n'était pas le cas jusqu'à maintenant. Les designers sont très présents. Ils viennent régulièrement, on est toujours en contact.

Comment vous situez vous par rapport à Kreo et Tools notamment, eux qui tendent leur contenu vers le design-art?

Il y a déjà une jolie distribution faite à Paris avec Paul Silvera, Kreo, ou Mouvements Modernes. Revolt's est plus dans l'idée d'En Attendant les Barbares : un de mes premiers chocs dans les années 80 avec Garouste et Bonetti. Je connais Kreo et Tools puisque Kiki Van Eijk a participé récemment à un projet de tapis pour eux. Mais je m'insurgeais notamment, alors que je viens de ce milieu, de ce design qui flirte de plus en plus avec l'art contemporain, qui promeut la pièce unique, atteignant des prix faramineux pour produire au final un fauteuil sur lequel on peut ne pas s'asseoir... C'est la raison de création de la galerie. Je tenais à ce que cela ne soit pas le cas avec Revolt's. C'est pourquoi les designers ici présentés font des meubles avant tout, point. Je ne pouvais pas appeler ça une galerie ni un showroom, je me considère donc plutôt comme un marchand de meuble."

Revolt's... c'est votre rebellion?

Je crois qu'il y avait un ras le bol. Je n'arrivais à me retrouver nul part. Je souhaitais revenir à la notion de design, avec une poesie de l'objet. Le DesignArt n'est pas un courrant dans lequel je me sens inscrit. Je défend une autre une identité, celle du Dutch design. C'est d'ailleurs un terme générique qui a des frontières larges... Par exemple, je me sens éloigné de gens comme Philippe Starck et plus proche de Naoto Fukasawa ou Jasper Morisson par exemple. Dans l'histoire du design, j'aime Prouvé, Perriand, cette école française.

Impossible donc de proposer de l'art contemporain?


Dans cette même logique, je pense qu'il faut à un moment donné poser ses limites. C'est tentant puisque je viens de ce milieu, mais éloigné du propos de la galerie qui veut revenir à l'idée du meuble, qu'est ce que c'est, comment c'est fait...
Il me montre l'étonnante construction de la table, des chaises et du buffet de Joost Van Bleiswijk, où la fixation se résume à des planches de contreplaqué imbriquées les unes dans les autres. ... Ce sont des meubles relavitement simples, avec une haute technicité manuelle derrière.

Et la crise, on s'en fout?

Les effets de la crise sont bénéfique, il faut à un moment donné cesser de tout contrôler. Dans ce contexte, j'ai pu décrocher des designers qui n'avaient pas d'agents, ceux qui deviendront inaccessibles plus tard... Aussi, les gens ne veulent plus consommer comme avant. Il y a un besoin de confort mental à l'achat, accompagné d'une certaine pédagogie... "

Quels sont vos clients?

Des décorateurs, des architectes, quelques particuliers. On devait ouvrir au départ un showroom privé, mais je souhaitait qu'il y ait une démarche pédagogique, accessible, derrière Revolt's. D'où l'ouverture de la galerie au public.

Etes-vous un collectionneur?

J'ai une particularité. Je voyage énormément et pour des raisons et personnelles et pratiques... je vis sans meubles!

A part le design, vos derniers coups de coeur?

Il y a des adresses que je conseille à tout mes clients comme le Musée de la Chasse, magnifique, et l'Institut Néerlandais avec lequel d'ailleurs on va se mettre en partenariat...et sinon... le dernier concert de Goldfrapp!

Propos recueillis le 4/02/09
Lullaby Bench, Martin Holzapfel/ Buffet de Joost van Bleiswijk

Bureau de Bram Boo, disponible en huit coloris