1.8.10

DIRECT DISPLAYS


En situation, l'Interrupteur #2 de Clarisse Dubus


Qui dit saison estivale dans le XIIème arrondissement dit présentation au VIA des travaux des étudiants des écoles françaises de design. Et cette année, l'intelligence de ces derniers nous fait de l'oeil dès la vitrine du Viaduc des Arts. Pas besoin de franchir le pas de la porte pour admirer les expérimentations des élèves. Première en lice, la poésie des angles selon Keyne Dupont, de l'IAV d'Orléans. Le designer met en effet en tension des plateaux en bois lamellés collés et contreplaqué, faisant office d'équerre pour Entre les lignes : bureau en apparence fine mais robuste. Nettement plus massif, voir rustique, les tables de chevet Montagne et Vallée de Charlène Huet (ESBA d'Angers) conjuguent abstraction et matérialisation d'un noir profond, soit des ombres montagneuses au pied du lit pour des meubles plutôt transportables. Une essence inspiré de la nature que partage François Clochiatti (Ecole Boulle), en numérique. Processus combinatoire, sa série de céramiques présente une surface non pas lisses mais en trois dimensions : sorte d'écailles de poissons en relief, aux subtils dégradés de couleurs pastels et acidulées. Du côté du métal, le reimsois Thibault Faverie (ESAD de Reims) invente une nouvelle typologie du tabouret avec Splines où la dite assise en aluminium enrobé de silicone trouve souplesse et stabilité grâce à son utilisateur. Une appropriation nécessaire de l'objet pour comprendre son fonctionnement que pousse un peu plus loin Clarisse Dubus (ENSA Dijon Art & Design), résumant à son minimum la traditionnelle suspension lumineuses avec Interrupteur # 2, objet donc la grille de lecture s'entend par un déplacement de l'interrupteur du mur au plafond afin de l'intégrer directement au luminaire. Un plafonnier qui s'actionne selon une mécanique héritée des usages de l'enfance. Un design de l'essentiel.


Détail d'Entre les lignes, bureau de Keyne Dupont / Série de contenants Processus combinatoire, François Clochiatti

Tabourets Splines, deux modèles (blanc et jaune) de Thibault Faverie / Tables de chevet Montagne et Vallée, Charlène Huet

NU, AU SOLEIL

1 - A Dinard, on se la joue low-cost avec le lit portable Hat-Hat (2010) imaginé par la designer Katrin Greiling, qui partage son temps entre Stockholm et Dubaï.


Plaisir secret, (trop) souvent défendu, se baigner nu est un délice. Néanmoins quelques problèmes d'ordre pratique subsistent : s'asseoir, manger, dormir. Soit les trois basiques de tout été qui se respecte. Qu'acheter dans ce cas pour se meubler intelligent au bord de la plage ou de la piscine afin d'éviter par la même occasion de se faire mal aux fesses, de sécher convenablement après une baignade pour enfin enfiler son short avant de déjeuner et de faire la sieste au soleil... nu encore, en attendant le prochain plongeon? Réponse ici même avec une rapide sélection tradi-edgy (3), arty (2) et mini (1) en mode ternaire. Bonnes baignades coquines!



2 - En face du nouveau quartier du Poblenou à Barcelone, les arty dandys se déchaînent à poil sur la plage mixte. Sur un draps de plage imprimé d'une toile d'Ed Ruscha (Other Criteria, 2009), table en aluminium de Liam Gillick (Edition Schellmann, 2007) et fauteuil tronc d'arbre en plastique moulé et fibre de verre, Franz West (2003)

3 - Aux abords de la réserve naturelle de Knokke-le-Zoute, la tradition rencontre un certain esprit moderne dans l'esprit ce cette station balnéaire qui fourmille de galeries. Pare-soleil en toile et acier Dyning (IKEA, 2010), banc en frêne en édition limitée à 100 exemplaires (Another Country x Monocle, 2010) et fauteuil RockGrid d'Arik Levy (Rove Gallery, 2009)

23.7.10

ROC' A BARCELONE


Angle de la Roca Barcelona Gallery, la nuit


Quand on parle aménagement de salle de bains, généralement ça ne fait rêver. Pire encore quand on évoque les chiottes. Pourtant le japonais Toto et ses toilettes qui gardent propre l'anus sont là. L'allemand Duravit emboitant ce pas avec talent thanks to Philippe Starck, j'y reviendrais sur papier... Et puis il y a l'espagnol Roca, surtout. Premier producteur mondial dans le genre (39 millions d'unités par an!) qui développe lentement mais sûrement un réseau de showrooms dans le monde entier... pardon, des "galeries". Sobrement baptisée Roca Barcelona Gallery, celle de la capitale catalane est la première. Sur troisétages, elle présente les produits de la marque dans un univers ultra-moderne meublé par USM et Cassina, très high tech avec ses tables-écrans à la Minority Report et ses murs vidéos figurant les manies de différents types humains : le jeune qui rentre éméché d'une soirée se lave le visage, un couple parfait se brosse les dents etc... Conçu par l'architecte Carlos Ferrater, ce bâtiment monolithique offre une sublime façade de verre composée de 4000 ampoules LED qui s'illuminent la nuit, luiconférant un aspect aquatique des plus réussi. Dans le quartier de Chelsea à Londres, la Roca London Gallery imaginée par Zaha Hadid verra le jour à la fin de l'année... en attendant Paris! Pour l'heure, la marque se concentre sur la communication autour de son splendide espace barcelonais et le développement de ses nouvelles gammesdont "sa grande histoire d'amour" avec Armani, dixit Carlos Socia, directeur France de Roca. Le résultat? Armani/Roca, des baignoires, douches et co. Présenté à Milan cette année, la collection équipera les suites des hôtels du couturier via Manzoni et à Dubaï. Unevocation grand luxe dans la continuité des relations entretenues par la marque avec des architectes de renom tel David Chipperfield ou encore Herzog & de Meuron, pour des productions impeccables en terme de technologie du matériau.


Les tables-écrans de la galerie, entièrement tactiles, racontent l'histoire de la salle de bain en lien avec les produits de la marque


Détail de Kreto / Mitigeur Plane / Pommeau de douche rétractable, Shower Baisin

A 25 minutes de Barcelone à Sant Cugat, le Roca Innovation Lab a posé ses valises en 2010 dans des bâtiments flambants neufs, travaillant main dans la main avec sa partie Design Center, tout aussi impeccable. Soit de vastes bureaux baignant dansune ambiance sympa, studieuse et tirée à quatre épingle entre une agence d'architecture du 92, un spot de pub pour les gens cools qui se brossent les dents entre les pauses café-clope (des panneaux dans les ascenseurs suggèrent ce reflex hygiénique aux employés), Loft Story pour lacafétéria faussement pop (et green avec les algues des Bouroullec) et la vidéo de Scream par Janet et Michael Jackson pour les couloirs... claustro-spatiaux. Un environnement super sain qui met les employés dans le bain du travail, la notion d'innovation en tête. 125 personnes y travaillent. Ils dessinent, testent et certifient les projets qui porterons le logo Roca. Des futurs produits qui se doivent de "définir ce que doit être la salle de bain de nos jours" selon Josep Congost, directeur de l'Innovation Lab et du Design Center. Try to think out of the box... et ce sans négliger l'environnement, bien au contraire. Exemple avec W+W, révolutionnaire module de toilette et lavabo intégré qui recycle l'eau usagée. Un succès d'estime pour l'instant qui n'attend plus qu'une version low cost trois foismoins cher afin de séduire collectivités et étudiant eco-friendly. Plus luxe et conceptuel, on adore Kreto, un receveur de douche aux allures de sol craquelé, et Shower Baisin, un lavabo adossé d'une cabine de douche et de rangements - sans doute inspiré du Total Furnishing Unit de Joe Colombo crée en 1971... Dans le même esprit, la collection Barcelona n'es pas mal non plus avec ses toilettes qui ressemble à celles que l'on trouve dans les avions, lecôté pratique au masculin avec la possibilité de poser des livres dans un espace prévu sur le côté (et faire frémir par la même occasion votre femme qui s'impatientera...). Des idées fraîches comme celle-ci, Roca en a plein le panier. Un vaporisateur intégré au vasque, unrince-pied à la barre de douche, une douche-baignoire outdoor, un programme pour éviter les débordements de baignoire... sans oublier Droppy : LE gadget pour gosses qui fait applaudir les parents. C'est un petit animal haut comme une pomme qui explique aux enfants grâce à son petit écran comment se brosser les dents et ne pas prendre la salle de bain pour un centre aéré. Des innovations qui font whaou! tout comme WAW (We Are Water), la fondation d'art contemporain du groupe qui ouvrira ses portes le 28 septembre. Ultime outil de communication visant à conférer à la marque une image rock'n'green dans l'air du temps.

L'Innovation Lab de Roca est situé dans le building occupé par l'ESADE, l'école de commerce de Barcelone

Display de post-it idées dans les salles de l'Innovation Lab

21.7.10

M.A.Y.A. MIA !


Giovanni Alessi, le fondateur.


Most Advanced Yet Acceptable, tel fut la leçon donnée par Raymond Loewy à ses élèves. Un leitmotiv que c'est approprié la maison Alessi, qui approche désormais la centaine. En attendant de fêter ça, l'enseigne italienne culte s'expose à Munich sous la houlette de Florian Hufnagl, directeur du International Design Museum de la ville. Encore une fois, la maison étonne. Préférant la prospective à la rétrospective, elle déboule ses icônes et célébrités en devenir dans une scéno conçu en première partie par Starck. Soit toute la collection de pièce à la fois innovantes et bankable qui ont fait le succès d'Alessi, de Richard Sapper au regretté Achille Castiglioni en passant of course par Alessandro Mendini qui offre pour l'occasion une séance de relooking à son tire-bouchon star Anna G. en lui greffant or, émaux et diamants pour ses fêter comme il se doit son sweet sixteen.

Prototypes et croquis de la cafetière à expresso 9090 par Richard Sapper, qui fut couronnée du Compasso d'Oro en 1979 / Croquis pour La Conica et cafetière La Cupola v. 1980-83 de l'architecte Aldo Rossi.

Aux côtés des vétérans, les petits jeunes font monter la sauce dans la section "Nouvelles Instances" : des projets inédits qui seront très bientôt proposés dans le commerce. Des douze designers présentés, on retient surtout la série A Tempo de l'allemande Pauline Deltour qui offre une nouvelle simplicité à la traditionnelle corbeille (à agrumes, à papier) et à l'égouttoir à vaisselle par de jeux optiques aériens affinant les possibilités de mise en forme de l'acier, cette matière sur laquelle Alessi concentre sa production depuis le début des années trente. Un design qui s'inscrit nickel dans les cases de la philosophie de la maison : pointu ET accessible. Une dernière qualité qui demandera néanmoins à être vérifié avec la série des Miriorama (...vous vous souvenez?) : "visions infinies" entre l'art cinétique, l'inachevé, le multiple et l'art programmé. Dans ce genre, le Rotoplastick du peintre Gianni Colombo entraîne de nouvelles perceptions visuelles particulières. Alessi ne se pose pas ici la question de l'avant-garde, même pas rétrograde, mais avance vers le futur, son futur. Un univers classe, éclectique, rigoureux et toujours ludique, qui tend à selon son big boss Alberto Alessi à "amener le design à un certain type de qualité conceptuelle". Un art de vivre novateur qui se vend... Voilà qui devrait faire plaisir à Enzo Mari!

Multiple d'art en bois Rotoplastick, Gianni Colombo (Edition Limitée à 99 ex. + 9 preuves d'auteur) / Tire-bouchons Anna Etoile d'Alessandro Mendini (photo Roberto Gennari Feslikenjan). Ed. Officina Alessi

A Tempo, de Pauline Deltour : modèles APD01, APD02 et APD03 (photo Manfred Jarisch). Ed. AdiAlessi

7.7.10

WTF (2)

Ghost chair, Arkitecture (Galerie Emmanuel Perrotin, 2010) / Cow chair, Niels van Eijk (Droog Design, 1997) / Ghost of a chair, Valentina Glez Wohlers (Galerie Gosserez, 2009) / Foldchair, Olivier Grégoire (Specimen Editions, 2010)


Liliane n'est plus qu'un fantôme et l'été est déjà lancé. Quand on choisit son trône autant ne pas se tromper. Rien ne se perd et tout se recycle... même (et surtout) dans le design. La preuve par quatre suivant une histoire d'empruntes, dans les pas de la peau vache laissée par Niels van Eijk. Droog Design anyone?

Liliane is now nothing but a shadow of herself and summer's already here. It's better not to make a mistake when choosing your throne. Nothing is lost, all is recycled... even (and especially) in furniture design. This confirmed many a time by following in the footsteps, such as the reincarnation of Niels van Eijk's cow hide. Droog Design anyone?

27.6.10

PEARL EN SON ROYAUME

A l'issue du déjeuner, Pearl Lam pose à côté de Lian Tian-Bing

Pearl Lam n'est pas très grande. Mais peu importe. Sa collection est elle gigantesque. Pearl Lam porte des leggings résille avec des chaussures à plateau de liège et sangles transparentes venues tout droit du Sexodrome. Peu importe. Sa robe, c'est Nicolas Ghesquière qui l'a dessinée. Savante, hystérique, hyper moderne et d'un mauvais goût assumé, Pearl Lam mêle les Contrasts avec brio à l'image du contenu de sa galerie du même nom. Sans elle, le marché de l'art contemporain chinois n'existerait même pas. Une figure majeure, une quasi icône, qui pose depuis huit ans un regard franchement visionnaire sur la création européenne et asiatique. Shao Fan, Todd Bracher, Li Qiang, Jaime Hayon, Zhang Hao, Jurgen Bey... depuis huit ans Contrasts a établi des liens forts entre art et design, occidental et oriental, à l'avance les du croisement actuel des disciplines art et design. Soit du mobilier vendu en édition limitée, des peintures figuratives ou abstraites et des installations complètement barrées crées par des artistes aux cotes soutenues par de précieux collectionneurs. Alors quand cette influente fille de milliardaire invite quelques journalistes triés sur le volet à déjeuner dans l'atelier d'un de ses artistes chouchous, on ne peut refuser. L'artiste en l'occurrence est Li Tian-Bing. Il exposera à la rentrée (du 5 septembre au 9 octobre) pour la première fois en Chine grâce à Pearl Lam. Une opportunité en or pour ce chinois qui jusque là était exclusivement présent dans des galeries européennes et surtout françaises (Galerie Albert Benamou) depuis qu'il fut diplômé de l'Ecole Nationale des Beaux Arts. A Gennevilliers en région parisienne, il vit avec sa femme, elle aussi artiste Elle s'inspire de petits gadgets chinois et utilise des perles de couleur pour créer de surprenantes sculptures (voir ci-dessous). Lui tisse des liens entre l'ancien et le moderne, le capitalisme et le communisme, entre la violence d'un bombardement et l'innocence du monde de l'enfance.

A gauche : des oeuvres sa la femme de Li Tian-Bing. A droite : Dans la caverne (Inside the Grotto), 2010. L'oeuvre sera exposée à la rentrée.

Dans son atelier, à droite : Autoportrait vert dans l'atelier, 2010


C'est ce que l'exposition Childhood Fantasy présentera : des toiles proches de la photographie qui font état de son regard d'expatrié sur une Chine qu'il a laissé enfant et qu'il retrouve aujourd'hui métamorphosée, bordel urbain et villages en friche. Une exposition en contrepoids de la précédente, Maximalism in Contrasts (ci-dessous) qui exposait installations monolithiques en papier de soie, peintures à l'encre de Coca-Cola, déchets et vanités dans un esprit minimal. De quoi s'occuper à Shanghai du côté du Bund, un quartier où les galeries valent le coup d'oeil. Un chic contrepied à l'ambiance arty qui règne dans les jeunes galeries, ateliers et autres lofts du M50 au nord de la ville sur la Moganshan Lu.






Lujiazui, vus du Bund.

29.5.10

WANDERLAND


Principale avenue menant au pavillon chinois (au dernier plan)


A Shanghai, le site de l'Exposition universelle n'est pas très accueillant - le personnel non plus, il effraye plutôt. Sur plus de cinq cent hectares au bord du fleuve Huangpu, les immenses avenues sont quasiment vides et les navettes circulent sans passager notable à bord, la foule se situant aux abords des 242 pavillons regroupés en fonction de leur région. Comme dans un jeu vidéo, on explore différents mondes. Mais gare au temps de chargement qui peut être long, très long... Plus de deux hures pour le pavillon français par exemple. Alors on se contente d'observer comme dans une vitrine la concrétisation de maquettes IRL. Là, des perles d'archi s'alignent (Angleterre, Suisse, Espagne, Portugal...), très souvent avec un soucis lié à la matière ou à la forme de la structure, comme c'est le cas pour le pavillon allemand que j'ai pu visité sans faire la file (raisons professionnelles, dieu merci).

Vue du pavillon français et suisse (qui comprend un téléphérique au dessus) depuis le pavillon allemand / Sortie de l'exposition

De gauche à droite : pavillon australien, espagnol, anglais, polonais portugais, turque.

La partie Depot du pavillon allemand exposait des matériaux composites et de célèbres réalisations allemandes de ses dernières années - dont la chaise Myto de Konstantin Grcic (ici en miniature) et la chaise Houdini de Stefan Diez. Attraction finale du pavillon, Energy Source mettait en scène un chinois et une allemande qui font bouger avec l'aide du public une grosse boule aux multiples écrans montrant les images d'une possible ville idéale.

L'Allemagne avait inventé le terme "Balancity" pour expliquer le pourquoi son pavillon (comprenez une contraction de "balance" et de "city"). La structure multi-facettes imaginée par Schmidhuber + Kaindl puise donc son inspiration dans deux mondes : celui de la ville, vertical avec ses immeubles, et celui de du monde rural, horizontal et vallonné. Le pavillon n'avait donc pas un toit mais plusieurs, tous verts, s'engouffrant chacun leur tour sur des surfaces plus urbaines : des éléments pluriformes en acier recouverts d'une nouvelle toile au nom imprononçable crée pour l'occasion. On arrive d'ailleurs de ce côté vert pour ensuite emprunter un tunnel qui nous amènent dans une sorte de labyrinthe à plusieurs salles thématiques autour de l'habitat, l'écologie, la musique, l'industrie etc... Sorte de carte postale impec' de l'Allemagne, mitraillée en numérique à tout va par les chinois. Car comme dans chaque pavillon, la logique est celle de l'accumulation. Accumulation d'informations nationales tous plus dithyrambiques les unes que les autres, accumulation d'étapes super ludique (du genre chaises musicales, toboggans...) qui excitent les chinois et boutiques marchandes où ces derniers se ruent en produits sponsorisés. Les chinois sont véritablement les seuls à profiter de cette exposition universelle, véritable parc d'attraction où l'on zappe de pays comme on change de manège.

Manger une choucroute industrielle à l'ombre du pavillon allemand a quelque chose d'exotique pour les visiteurs de l'exposition - soit 98% de chinois. Les queues ne leur font pas peur, le temps perdu non plus, l'argent encore moins. Au delà du mérite que l'exposition universelle à de pousser à ses retranchements le principe de l'architecture temporaire (et sur ce point celui de la Chine est une réussite) et de proposer une vision - bien que limitée - d'un pays, de ses innovations et de sa culture, le véritable échange de cultures (au delà de toute notion de coûts) apparaît inexistant, la course aux images préfabriquées menant le pas sur la pédagogie dans la découverte d'une nationalité étrangère. L'exposition universelle de Shanghai résume d'ailleurs assez bien l'ambiance qui règne depuis quelques année dans cette ville, qui attire en masse les investisseurs étrangers. Tirée à quatre épingle, hyper sécurisée, super propre, très culturelle, méga marchande et financière à crever. Soit la plus excitante des envolées capitalistes au pays des communistes.


La mascotte de l'Expo, Haibo - qui signifie "être universel" en chinois, est présente partout dans la ville. Ici dans la vieille ville.

22.5.10

EVERYBODY LOVES HAIRY

Série Parking Lot Hydra, 2009

L'heure est à l'ambiance tribale 2.0. On s'arrache le dvd d'Avatar pour tenter d'apprivoiser les Na'vi, on envisage de s'offrir l'étagère Cabana des frères Campana (Edra), et voilà que l'on danse sur le dernier Kelis, bouquet plumes sur la tête et pulsions Eurodance aux pieds. 2010 remet les rituels païens au goût du jour avec une savante touche de science fiction eighties. On aime, sans complexes.

Complexe pourrait être d'ailleurs l'exposition d'Estelle Hanania à la Fat Galerie. On pourrait même pensé l'artiste étrangère avec ses portraits de figures yéti-esques pris sur le vif et ses masques japonais dansant nonchalamment entre ombre et lumière. Le titre de l'exposition, Myriorama, défie la complexité qu'elle sous entend. Populaire au XIXe siècle, le myriorama était un jeu pour enfant où, combinées de façon aléatoires, des cartes peintes formaient un paysage toujours différent. En s'en inspirant, l'artiste française a cassé les codes de la traditionnelle série de photographies. Parking Lot Hydra (des groupes d'hommes bulgares costumés pour des rituels) et Dondoro (photographies réalisées avec le marionnettiste japonais Hoichi Okamoto), les deux sujets de l'exposition, se mélangeant, s'enchevêtrent de manière très fluide. Ensemble elle étonnent, intriguent, excitent, effrayent... révélant des sentiments partagés brassant les notions d'identité et d'appartenance à la nature. Un propos brut et passionant, servi par d'exceptionnels tirages argentiques. Entre vieilles traditions et super modernité, héritage culturel et avant-garde, on dresserait volontiers un totem à Estelle Hanania, notre cheftaine favorite de la photographie contemporaine.

Série Attila / Série Dondoro, 2008

Vue de l'exposition

The primitive era V2.0 has arrived. As these are the signs; the DVD Avatar is selling fast for a discovery of the Na'vis and we would like to buy the Cabana shelves made by the Campana brothers for Edra, as we are also dancing to the new Kelis with wild feathers on our heads and Eurodance on our feet. 2010 is bringing back into fashion the ancient rituals combined with a touch of science fiction eighties styles. We enjoy it all without guilt.

Fascinating is Estelle Hanania's show held at the Fat Galerie in Paris. Strangely foreign are her photo portraits almost Yeti-like and the japanese masks dancing in light and dark. Myriorama is the name of the exhibition which defends the strongly emotional ideas it demonstrates. The Myriorama was a popular children's game in the Nineteenth century which consisted of a pack of painted cards which when randomly displayed always depicted some kind of picture however always different. The french artist was inspired by this and uses it to break the traditional photographic code. The two subjects in the exhibition are Parking Lot Hydra (groups of Bulgarian men in traditional costume in ancient rituals) and Dondoro (photographs taken with the help of Hoici Okamoto, a famous japanese puppet performer). Both subjects interact with one another in a very natural way. Together they are a surprise and are intriguing, exciting, scary... emotional connections relevant to identity and the attachment to nature. A raw yet passionate display with an exceptional photography technique. Estelle Hanania deserves a totem for her brilliant work; a mix of old traditional yet super modern cultural heritage and avant-garde. She is our favorite chief of the contemporary photography world's tribe.

2.5.10

DEUX FOIS MILAN (2)


Milan c'est dingue pt. 2. Dingue comme des japonais ne parlent pas un mot d'anglais ou d'italien si bien qu'on se demande comment ils ont trouvé le chemin de la Fiera. Dingue comme des apple pies tout chaud que l'on vous sert accompagné de crème fraîche bio assis (oui, assis) sur une cuisine à roulettes gérée par deux hollandaises!

Petit moment de plaisir entre la découverte de jeunes designers qui sortent de leur torpeur et la confirmation de nouveaux talents. Au find fond de la Fiera au nord ouest de Milan, le Salone Satellite est chaque année the place to be lorsqu'il s'agît de dénicher les jeunes studios et designers qui passeront ensuite par les mains expertes des galeries et éditeurs internationaux. International c'est justement le terme a associé à cette édition. Des A (anglais, allemands, américains, africains), du b (brésiliens), quelques j (japonais) et trop de c... chinois. Une sélection bien nommée Design the World, opérée par un jury de pros composé entre autres du belge Xavier Lust et de l'espagnole Patricia Urquiola. Les jeunes talents présentés venaient des cinq continents exposer leurs créations autour d'un parcours parsemé de points de rencontres (et de repos!) thématiques pensés par de designers locaux d'Afrique (Charles O. Job), d'Océanie (l'australien Darcy Clarke), d'Asie (mes chouchous japonais Tonerico) etc. Parlons des japonais justement. Sensible, raffiné, délicat, artisanal, le design made in soleil levant semble jouer dans sa propre cours en faisant fi des tendances, tel Monochro, qui a développé une ligne plutôt féminine faite de lampes rubans et patères papillons. A l'inverse, les productions des anglophones (Jarrod Lim, Corrina Warm...) et germanophones (Postfossil, Sebastian Herkner...) étaient pragmatiques : formes simples, structures apparentes et matériaux classiques comme le bois ou l'aluminium. L'argentin Federico Churba semblait lui avoir toutes les cartes en main pour attirer la faveur d'entreprises tel B&B Italia. Les designers présents à Satellite semblait aussi très intéressé par la notion d'assemblage, de construction ou même de déconstruction comme en témoigne les allemands Matthias Ries et Reinhard Dienes. Le premier fixe ensemble des étagères avec de grosses pinces recouvertes de tricot (Plus One) puis associe papier mâché et béton pour construire une table (Mache). Le second propose des tables au plateau ajustable à l'aide d'un écrou papillon en plastique (Le Belge). Au delà des installations et performances plus ou moins discutable de Satellite tel la chaise fontaine (Aqua Chair) du coréen Hyun-Dae Kang, le salon brillait par les déjà luxueux attributs de quelques studios dont celui du norvégien Hallgeir Homstvedt qui exposait de sublimes lampes en marbre de Carre inspirée de Vico Magistretti, d'énigmatiques photographies et des installations en plexiglass graphiques et minimales. Les fétichistes de la céramiques pouvaient eux trouver leur bonheur au stand de la Fabrica qui inaugurait un nouveau chapitre punk de son existence (The Riot Act) dans la lignée de leur collection de cloches (This and That) : de simples vases blancs exhibant leur piercings de chaînes ou de cravaches.

Reinhard Dienes et sa table Le Belge / Tricots, béton et papier mâché du berlinois Matthias Ries

Swing, Suspensions extensibles en gomme du studio japonais Monochro

Inspirations Thonet pour ce portant en bois courbé d'Anna Blattert (Valet) et ce fauteuil de Thomas Walde (Reflect chair) du studio Postfossil

Vase Whip d'Isabel Abreu, La Fabrica

Lampe en marbre Arnado, miroirs OHH et installation d'Hallgeir Homstvedt

En parfait miroir de la jeune génération de designers européens, le quartier de Lambrate était un peu l'île au trésor dont tout le monde parlait à Milan. A l'opposé de la Fiera, et donc très éloigné du centre ville, Lambrate se méritait, avec un parcours fléché qui vous faisait passer par une zone apocalyptique à la sortie du métro d'une gare déserte à un début de voie rapide. Enfin arrivé, c'est un vrai petit village que l'on découvrait. Derrière une chapelle se déployaient quelques larges rues aux faux airs de mini Meatpacking district milanais qui fleuraient bon l'arty. A la galerie Prometeo, une installation de Maarten Baas semblait nous prévenir d'entrée de jeu : Lambrate est le paradis du dutch design. Mais avant d'en vérifier les contours dans les ateliers environnants, il fallait s'introduire à la Scuola Politecnica di Design aka "SPD" pour les intimes : cette école de design culte qui a vu naître les plus grands mais dont on ne sait finalement pas grand chose IRL. L'occasion était donc parfaite pour se glisser dans les salles de classes ouvertes au public et discuter avec les élèves... qui ne font pas QUE du design comme en témoigne les installations - d'art contemporain - qu'ils avaient préparés (True Stories). Des expériences sensorielles : une orgue interactive (The Light Orchestra) et un remix tuning du traditionnel circuit de voitures de fête foraine (Sunday at the Race). Un parcours d'art contemporain qui continuait juste à côté de l'école entre des meubles des néerlandais Geke Lensink et Jesse Visser qui ont en commun un style entre le traitement du brut par Ineke Hans et les assemblages de Philippe Nigro. On continuait ensuite le parcours dans la galerie de design art Plusdesign où le prototype de la table Sedie in Liberta de Lorenzo Damiani et le podium Autocelebrazione de Marina Fulgeri étonnaient leur monde. Mais c'est véritablement les espaces d'expositions de la Via Massimiano qui en mettaient plein les yeux... et les mains, car là le toucher était indispensable. Les designers présentaient en effet des expérimentations inédites autour des matériaux : cuir plissé sur les coiffeuses de Marly Gommans, rangements pluriformes en bois de Bram Boo (prochainement édité par la Toolsgalerie...?), moules exponentiels du Studio Glithero, atelier de poteries virtuelles (L'artisan électronique, Tim Knapen) et table basse à la surface aussi limpide que l'eau (Le Lac, Aldo Bakker) étaient les stars de Lambrate. Des travaux qui prenaient part à la thématique initié autour du Do It Yourself par IN Residence. Un parcours géant et surprenant où il fallait prendre le temps d'apprécier ces nouveaux regards sur les techniques mobilières traditionnelles, subtilités de fabrication par ci, l'humour par là. Craft était donc le mot d'ordre. Craft design... et craft food à la sortie du hangar de la Autofficina où l'on pouvait en toutes langues picorer un aperitivo servi dans des boites à outils! Viva Lambrate!



Immeuble Luna de la Via Ventura / Oeuvres du Textiel Museum de Tilburg (Pays-Bas)

Une grosse pince rouge et un néon forment la Light Clamp de Jesse Visser

Table Sedie in Liberta de Lorenzo Damiani : façon ready-made composée d'une multitude de chaises soutenant un plateau en verre / Fresque dans le parking de la Politecnica

Sans douté inspiré par l'artiste Erwin Wurm, le designer hollandais Lambert Kamps fabriquait sur place des tabourets (Obese objects) dont l'assise est capitonnée à la visseuse électrique.

The Light Ochestra, conçu par Daniel Simonini, Lorenzo Marini et Fernando Gonzales Sandino remportait tout les suffrages avec ses gigantesques touches qui émettaient son et lumière

De haut en bas : Can a sixteenth-century curiosity cabinet be transposed to our times?, cabinet de Jon Stam (Design Academy Eindhoven) / Détail de la coiffeuse Dressed wood de Marly Gommans, qui crée aussi des robes sur le même principe du plissé / Boites de rangement accouplés, par Bram Boo

Le tour de potier digital de Tim Knapen / Banc Running Mould en plâtre, Studio Glithero

Lazy Chair, par Fresh West / Dessins de possibles assises "caniches"

Shootings photos et aperitivo à la Autofficina