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21.7.10

M.A.Y.A. MIA !


Giovanni Alessi, le fondateur.


Most Advanced Yet Acceptable, tel fut la leçon donnée par Raymond Loewy à ses élèves. Un leitmotiv que c'est approprié la maison Alessi, qui approche désormais la centaine. En attendant de fêter ça, l'enseigne italienne culte s'expose à Munich sous la houlette de Florian Hufnagl, directeur du International Design Museum de la ville. Encore une fois, la maison étonne. Préférant la prospective à la rétrospective, elle déboule ses icônes et célébrités en devenir dans une scéno conçu en première partie par Starck. Soit toute la collection de pièce à la fois innovantes et bankable qui ont fait le succès d'Alessi, de Richard Sapper au regretté Achille Castiglioni en passant of course par Alessandro Mendini qui offre pour l'occasion une séance de relooking à son tire-bouchon star Anna G. en lui greffant or, émaux et diamants pour ses fêter comme il se doit son sweet sixteen.

Prototypes et croquis de la cafetière à expresso 9090 par Richard Sapper, qui fut couronnée du Compasso d'Oro en 1979 / Croquis pour La Conica et cafetière La Cupola v. 1980-83 de l'architecte Aldo Rossi.

Aux côtés des vétérans, les petits jeunes font monter la sauce dans la section "Nouvelles Instances" : des projets inédits qui seront très bientôt proposés dans le commerce. Des douze designers présentés, on retient surtout la série A Tempo de l'allemande Pauline Deltour qui offre une nouvelle simplicité à la traditionnelle corbeille (à agrumes, à papier) et à l'égouttoir à vaisselle par de jeux optiques aériens affinant les possibilités de mise en forme de l'acier, cette matière sur laquelle Alessi concentre sa production depuis le début des années trente. Un design qui s'inscrit nickel dans les cases de la philosophie de la maison : pointu ET accessible. Une dernière qualité qui demandera néanmoins à être vérifié avec la série des Miriorama (...vous vous souvenez?) : "visions infinies" entre l'art cinétique, l'inachevé, le multiple et l'art programmé. Dans ce genre, le Rotoplastick du peintre Gianni Colombo entraîne de nouvelles perceptions visuelles particulières. Alessi ne se pose pas ici la question de l'avant-garde, même pas rétrograde, mais avance vers le futur, son futur. Un univers classe, éclectique, rigoureux et toujours ludique, qui tend à selon son big boss Alberto Alessi à "amener le design à un certain type de qualité conceptuelle". Un art de vivre novateur qui se vend... Voilà qui devrait faire plaisir à Enzo Mari!

Multiple d'art en bois Rotoplastick, Gianni Colombo (Edition Limitée à 99 ex. + 9 preuves d'auteur) / Tire-bouchons Anna Etoile d'Alessandro Mendini (photo Roberto Gennari Feslikenjan). Ed. Officina Alessi

A Tempo, de Pauline Deltour : modèles APD01, APD02 et APD03 (photo Manfred Jarisch). Ed. AdiAlessi

1.5.10

DEUX FOIS MILAN (1)



Milan c'est dingue. Et le retour à la normale en 2010 plus dingue en corps avec Björk's shitting volcano qui nous en a mis plein le ciel, adios avions et les voyages qui vont avec. Ce papier arrive ainsi très, très... très tard. Mon passage à la design week, bien qu'express (deux jours), se résume néanmoins difficilement en quelques lignes. Pour plus de détails il faudra attendre la fin Juin en kiosques.

First day. Entre une matinée et un début d'après-midi à arpenter la Clicquotsphere de Veuve Clicquot en compagnie des frères Campana et de Lehanneur, une visite à la Triennale s'imposait. Si l'exposition sur le design italien (Quali cose siamo) curated by Alessandro Mendini et scénographié par Pierre Charpin pouvait laissé dubitatif avec ses liens énigmatiques établis entre divers objets de la collection du musée, celle consacrée à Gaetano Pesce sublimait les pièces de ce dernier. Spectaculaire du sol au plafond, où était pendues ses chaises magmateuses. Quelques pas plus loin, le design polonais exposait ses performances avec quelques beaux coureurs dans les starting-blocks tel Maria Jeginskla, design labelisée ECAL qui a fait ses armes chez Kreo puis dans le studio de Konstantin Grcic à Munich. Youpi, ses lampes en céramique (Maré) sont éditée par Ligne Roset! Enfin, la mini rétrospective consacrée à Toshiyuki Kita nous plongeait dans un bain de japan design culture entre ses boites bento en laque (whaou la belle carapace!), Wajima (1986); et son robo jaune grandeur nature (whaou la belle carapace!), Wakamaru (2002).

Toshiyuki Kita et Maria Jeginskla, relax et plaisant

Gaetano Pesce chez les Inca... à la Triennale.

Après cette "excursion" et quelques veuve-clicquotages de plus, exploration de la Zona Tortona dont il ne reste que le nom comme garant de créativité, les regards se tournant désormais vers le quartier de Lambrate... Cette zone n'est plus qu'un vaste territoire où grosse entreprises se rangent poliment dans les rues qui entourent le grand hangar Superstudio Piu, a quelques encablures des designers fauchés de la Porta Genova. C'est même si l'on se demandait ce que faisait là Moustache, au milieu de ces quelques éditeurs qui font mal aux yeux. Stéphane Arriubergé et Massimiliano Iori y présentait fièrement leur dernière collection, tout aussi fabuleuse que la première. En plus de la table-la-plus-légère au monde de François Azambourg et une autre, malicieuse et graphique, de Matali Crasset, les Big-Game y voient édité Small Work, version mini de la Wood Work puis Metal Work (2008) que le duo éditeur avait repéré au Grand-Hornu. La série Bold voit elle aussi naître des petits avec les patères Micro et un porte manteau reprenant l'idée du tube métallique couvert d'une chaussette. Autre prototype désormais édité : la lampe mécano-like Link. Bravo Moustache! Sorti de Superstudio Piu puis DedonStarck venait y faire quelques ajustements avant la soirée, c'est tout juste si j'avais le temps d'aller faire coucou chez E15Stefan Diez étendait sa série Houdini... mais tout cela pouvait bien attendre un petit, que dis-je, géant aperitivo!

La Zona Tortona cultive l'ambiance industrielle...
Belle métaphore pour cette machine à vendre des "trucs design" (à droite), niché à l'étagère de Superstudio Piu.

Mignone et très légère, Small Work est paré pour le succès

Derniers préparatifs avant la soirée via Tortona

Il n'y a pas que le nom de ce café qui fait sourire. Le principe de mettre devant la porte une table et des chaises taille enfant est tout aussi audacieux quand on remarque la présence du cendrier...

Inviter des musicos à recycler des tubes italiens... Une apparente mauvaise idée qui, quelques coupes de champagne plus tard, a assuré l'ambiance à la soirée Veuve Clicquot.

1.2.10

BILLET DE RETARD

Illustration : Albert Exergian

Si j'ai fait un point d'honneur à ne pas évoquer ici ma vie privée, c'est tout simplement parce que je n'estime pas cela nécessaire. Je vais cependant dans les lignes suivantes rapidement transgresser cette règle. Ce début d'année fut difficile pour une raison toute bête qui est physique, une soudaine maladie assez grave m'ayant paralysé durant quelques semaines... Voilà pour le compte rendu à deux balles.

Entre temps, Paris s'est habillé de ses plus beaux atouts design avec un fabuleux trio d'expositions riches en enseignement (Dessiner le design, Pierre Staudenmeyer les années Néotu et VIA Design 3.0). Une ville au centre de la création avec Maison & Objet il y a quelques jours mis en lumière sous couvert de Philippe Starck en patron de la jeune création (vous savez, cette superstar qui porte des pantalons africains et qui renovera les salles d'attente de l'hôpital Pompidou)... une initiative lancée dans le cadre de Now! Design à Vivre qui a orchestrée malgré elle un joyeux bordel au sein des designers sélectionnés pour en avoir évoqué les contours avec l'aimable assistance des intéressés : Sam Baron, Michel Charlot, Jean-François et Eloi de Normal Studio (qui feront bientôt l'objet d'une exposition aux Arts Décoratifs)... Paris aime le design et nous le rend bien.

Et si finalement une bonne pagaille ça avait du bon?
Welcome back folks.

17.11.09

RISKS


Mur lumineux Stanton Micken de Philippe Starck (1979, Electrorama, est. 1100-1200 eur)


Novembre où la saison des ventes aux enchères, et design s'il vous plaît. Mieux vaut donc tout de suite oublier le Salon du Vintage qui s'est tenu boulevard Saint Germain ce weekend sans aucune surprise à la clef pour se concentrer sur les pièces en vente sur lesquelles il faut miser. Au programme, un petit passage obligé par la seconde dispersion de la collection Yves Saint Laurent, (très cottage et pas franchement design même s'il l'on y trouve du Eames et du Saarinen) exceptionnelle de part la qualité de chaque lot, avec comme un des nombreux point d'orgue un impressionnant bronze de César (L'homme de Draguignan) estimé à près de 60 000 euros. Toujours dans le caritatif, Artcurial organise une mini-vente (une soixantaine de lots) chez Forum Diffusion au profit de la Fédération Internationale des Droits de l'Homme (FIDH) et du V-DAY, contre la violence faite aux femmes, avec des pièces intéressantes dont une table du label au renard Kistuné (voir ci-dessous) produite en édition limitée pour l'ouverture de son guérilla store à Londres en Octobre dernier, plus une subtile coupe en cuivre de Cédric Ragot. La maison remettra le couvert à la fin du mois avec Touchons du bois, vente thématique qui cerne des belles valeurs du design européen où un candélabre inédit en acier brossé de Poul Kjaerholm et des folies de Garouste et Bonetti seront à saisir. Fort à parier également que l'ex-outsider Pierre Jeanneret, longtemps dans l'ombre de Prouvé et Perriand, stabilisera enfin sa côte avec son impressionnante table éclairante dont l'estimation frôle les 100 000 euros.

Coupe P4 de Cédric Ragot (2005, Edition Forum Diffusion est. 300-500 eur /
Les tables Fabian (2007, est. 1500-2000 eur) mises en scène dans le pop up store Kistuné à Chelsea, Londres

Mais le marathon commence dès aujourd'hui avec Tajan et une vente XXe plutôt monotone bourrée de nombreux fauteuils de grands maîtres italiens (Ponti, Mollino...) où l'on retiendra plutôt une rare lampe d'Ettore Sottsass au fût métallisé et fumé aux proportions très années 30 bien que 80. La plus belle part du gâteau attendra pour la semaine prochaine avec la vente Cornette à Drouot Montaigne : beaucoup de scandinaves et de reminiscences memphisiennes, très abordables, côtoieront l'esthétique post-moderne des premières réalisations avant-gardes et luxueuses de Philippe Starck à la fin des années quatre-vingt à savoir un petit secrétaire mignon tout plein en sycomore et un très rare et imposant mur lumineux tout fait de verre dépoli et d'acier qui influera un peu d'audace à n'importe quel intérieur.

Voilà pour la météo. A vos ordres d'achats!

Miroir circulaire en bronze doré et passementerie de fils d'or, Emile-Jacques Ruhlmann (circa 1920, est. 15-20 000 eur) /
Table Compas de Jean Prouvé en formica et métal laqué vert (circa 1950, est. 3000/5000 eur)

Table de bibliothèque éclairante en teck vernissé et tôle pliée, par Pierre Jeanneret (circa 1950, est. 50-70 000 eur) ici dans la librairie d'art Gagosian à Manhattan.