18.10.10

OCTOBER B.

Courtrai 2010










17.10.10

SAMPLES OF REALITY

That and this (2009), Dike Blair (Gagosian Gallery, NYC)

On ne sait pas bien encore où l'on va mais on en connaît déjà la teneur. Est-ce une sculpture? Un meuble? Quoi qu'il en soit cela reste un jeu où les règles ne sont pas encore bien définies. Là, une nouvelle mode où le retour insoupçonné de l'étui à bananes (!), vu chez Habitat puis à la biennale de Courtrai. Voilà qui pourrait faire plaisir à Philippe Katerine... Grâce au designer Christian Désile connaissait déjà aussi la chaise pliable dont l'épaisseur, une fois pliée, ne dépassait pas celle d'une planche à découper le pain. Une nouvelle icône éditée par Vange. Dans le même genre mais toutefois plus conceptuel et moins praticable, voici maintenant venu le bureau tenant dans une seule plaque en bois massif. Un meuble imaginé par le studio KapteinBolt, qui avait déjà expérimenté la chose version penderie en utilisant une seul rectangle de carton. Un structure mobilière réduite au minimum qui, invisible quand elle est inutilisée, en rappelle de plus ou moins loin la massivité seventies des cabinets multifonctions Total Furnishing Units (1971-72) de Joe Colombo. Les contemporains Tomek Rygalik et Allan Wexler s'y sont aussi récemment essayés.

Nettement plus hybride mais tout aussi énigmatique quand son sens n'est pas exploité, les modules de Dike Blair distillent des objets fonctionnels ou les traces laissé par ses derniers. Au delà de leur aspect formel tout aussi minimal mais richement hystérique quand à la combinaison de matériaux affichés, on s'amuse à observer une lampe d'Isamu Noguchi par ci, de la peinture à l'huile dégoulinante par là... Des fragments de réels plus ou moins identifiables dans une structure abstraite aux contours pourtant familiers. Le reflet d'une époque où faute d'obtenir la lune, on tente d'en retenir les morceaux. Aussi noir soit-elle.

FLKS (2010), KapteinBolt


Applique Dark Moon, Christian Ghion (Forestier) / Boîte à banane en plastique vert, Habitat

SUPER 9

A G. : Wonderland (2006), Hippolyte Hentgen /Joseph Pelling, gagnant du prix Partouche 2010

L'Automne va déjà très (trop) vite. Le blog dort donc un peu pour cause de course contre la montre... L'occasion pour une escale au Havre. Pourquoi le Havre? Parce qu'Arts Le Havre : biennale d'art contemporain! Au bout de quelques heures bloqué sur le périph parisien, la deuxième cité portuaire de France se mérite. Malgré sa réputation de métropole aux allures staliniennes (>>> Grand Paris anymore?) où le taux de chômage est deux fois plus élevé qu'ailleurs, son charme austère est resté intact, lui conférant une étrange douceur de vivre avec ses espaces maritimes préservés du côté des plages de galets. Sous la houlette du très fier et décontracté Jean-Marc Thévenet (ex du festival de la bande dessinée d'Angoulême), le troisième parcours organisé pour cette biennale ne chôme pas! De Wim Delvoye à Ruppert & Mulot, une floppée d'artistes ont été invités. Un parcours qui mise sur la qualité de son jus en l'élévation (enfin méritée) de la bande dessinée en art majeur incontournable.

Ext. G : Post-Its (2007), Florent Ruppert et Jérôme Mulot / Prière de l'Isha (2008), Achraf Touloub

Banana Blues (2008), Wessel de Jong / Ursonate (2003), Lisa Paclet

Des 147 cabines de plages de Saint-Adresse aux vitrines du magasin Eurodif en passant par l'incontournable Pasino (partenaire de l'évènement), le Havre voit grand. Pas étonnant que la ville offre à l'évènement son emblématique Musée maritime et portuaire pour l'exposition des oeuvres mini/maxi des 22 artistes qui donnent actuellement le ton en la matière. Pour couronner le tout, le jury attribuait samedi dernier son prix du meilleur court-métrage "expérimental". Avec Ursonate, de l'italo-canadienne Lisa Paclet qui rendait àsa façon écho aux chants de dadas zurichois dans les années 20, le jeune hollandais Wessel de Jong était mon favori. "Entièrement réalisé en utilisant Adobe Flash pour voir ce que ça pourrait faire (!)" selon l'intéressé, Banana Blues est un petit bijou de bricolage je-m'en-foutiste coloré et absurde. Moins naïf et beaucoup plus fin, c'est l'anglais JosepItalich Pelling qui remporta la mise avec Outside the box, fablette efficace qui tient son titre de la fameuse expression anglophone. Une expression très (trop) souvent utilisée à toutes les sauces : "Mes professeurs me disaient toujours cette phrase sans que je sache vraiment ce que cela voulait dire. Cela m'irritait beaucoup jusqu'à ce queje me suis rendu compte qu'en demandait à droite à gauchepersonne n'avait vraiment connaissance de sa réelle signification!" Une oeuvre so british à voir ici. Petite fraîcheur comme d'autres dans ce programme jeune et audacieux qui balaye en coup d'oeil les fantômes des docks abandonnés du Havre... Comme d'habitude (et une fois n'est pas coutume), c'est très souvent dans les villes au ciel grisâtre que l'on trouve la meilleur came. Next stop? Belgium!

A l'intérieur de la maison : Otto, court-métrage de Guillaume Pinard au Portique, espace d'art contemporain.

Insert (2001), Frank Scurti

Oeuvres in situ sur les cabines de plage, Virginie Barré / Vue de la ville d'Auguste Perret depuis le front de mer

5.10.10

SEPTEMBER B.


A la boutique This is Mapp du quartier Dansaert, chaise de Christian Désile pour Vange


A chaque fois que je retourne à Bruxelles, je me dis en retour que je ferais un méga post sur la ville et tout ce qui s'y passe, car la créativité y est foisonnante. Et puis en rentrant comme d'habitude à Paris je me retrouve avec des sacs entiers de livres et documentations à ne plus savoir ou donner de la tête. Autant donc en venir à la simplicité, puisqu'il s'agît justement de cela. Les belges, sous leur air trop sympa et j'en passe et des meilleurs, on avant tout un heureux complexe de ne jamais traiter la simplicité en design produit comme tout le monde, l'évoquant plutôt sous forme de jeu. Du slightly twisted simple design en somme. Le petit parcours qui se tient dans la ville pendant le festival Design September est à ce sujet un jeu où repérer les petits drapeaux bleus qui indiquent les espaces d'expositions et galeries va de paire avec le fait de s'inviter dans les studios des designers (Atelier A1, Charles Kaisin, Xavier Lust...) ouverts pour l'occasion. On fini ainsi toujours pas discuter jusqu'à plus soif avec les exposants. Un parcours pointu et décontracté où les designers comme les galeries jouent le jeu. Un jeu auquel le "grand public" répond présent. Nos Designer's Days devraient en prendre de la graine...

Si cependant beaucoup de pièces made in Belgium refont leur apparition dans ce parcours (Big table d'Alain Gilles pour Bonaldo, chaise pliable de Christian Désile pour Vange...), souvent des prototypes pour en illustrer la genèse, les créateurs belges (et étrangers) proposent beaucoup de nouvelles pièces qui revisitent la notion de simplicité en design. Des propositions joliment décalées et poétiques comme chez Alice Pilastre (ENSAV La Cambre), qui propose des textiles sonores (ci-dessous), nouvelles et prometteuses avec Alain Berteau et son système de légers meubles en Corian présentés sous forme de plaques qui s'assemblent comme un château de cartes, et enfin tout simplement dans l'air du temps avec le studio Joon & Jung qui entend resolidariser le tissu social à l'heure du tout technologique où sur un filet de pêche solidifié par de la résine court en guise de dossier invisible sur plusieurs chaises. Dans ce tas de nouveautés toutes plus excitantes les unes que les autres et dont on espère toujours qu'elles passent à l'édition se cachaient des revenants de toujours, remixés comme des tabourets d'Alvar Aalto à la très bonne galerie Diito et des luminaires de Michele de Lucchi conçus à partir d'ampoules de différentes tailes, chez White Design. Sans oubliez pléthores de conférences et une grande exposition : Fighting the Box, à la Centrale Electrique. Je vous invite à ce titre à vous reporter sur le catalogue. Prochaine édition en 2011.

Pliages de Léa Ricorday et Ritournelles d'Alice Pilastre, projets exposés à La Cambre / Suspension en polystyrène de Kwangho Lee à la boutique de mode et design Hunting & Collecting

Chaises de Joon & Jung à la Jonas Gallery

Superbes rééditions du mobilier Jules Wabbes (1919-1974) par Bulo, exposées aux les galeries de la Reine

Les nouveaux traveaux d'Alain Berteau, entièrement en Corian, exposés également aux galeries de la Reine avec ses accessoires en bakélite pour Tamawa.


6.9.10

UN STYLE, EN MAIN


Avec Bertille Laguet et ses petits jouets Safari en fil de fer et mousse, Camille Blin est une des figures très prometteuses de l'ECAL. Remarqué au printemps dernier à Milan grâce à sa série de lampes Gradient en verre sérigraphié, imaginé selon la logique des variateurs d'intensité, ses inspirations nettement industrielles accouchent d'objets au design mis à nu. Un travail dont il faut chercher la sensibilité du côté de la technique, ici fine et précise. Des illustrations eighties Solid qui explorent différentes textures et surfaces aux lunettes Aimantées (Visilab, 2008) d'une seule pièce d'acier digne d'un nerd des décennies à venir, le design est clair et précis, signature d'un techno style de l'épure déjà bien trempé. Entretien virtuel autour d'une bouteille de vin, Château pour lui (ci-dessous). Santé!


Box, 2008


Comment ton travail s'articule-t-il quotidiennement? Préfères-tu la conception par ordinateur au dessin?

C'est souvent dans la tête que ça commence au début, en marchant dans la rue... Puis le dessin bien sûr. J'aime beaucoup dessiner et je passe souvent de longues périodes à dessiner sur des feuilles volantes avec un edding 0,1 mm. Parfois il s'agit de dessins pour séduire, parfois il s'agît de dessins très directs, impulsifs. La phase informatique est uniquement là pour clarifier les traits, pour les rendre exact en interpénétrant les intentions des dessins à la main.

Comment s'est passé l'étape du prototypage pour les lampes Gradient?

Beaucoup de sueur dans l'atelier, des coups de téléphone aux fournisseurs pour essayer de réduire les délais... et beaucoup de plaisir à utiliser des machines que je ne connaissais pas!

Serais-tu déjà définir ton style?

Je suis, et j'espère encore pour longtemps, dans une phase de découverte. Chaque nouveau projet est une petite aventure dans laquelle j'aime me perdre puis retrouver des repères, je n'aimerai pas me dire qu'à partir de maintenant que je vais n'utiliser que je ce type de matériaux ou créer ce type de formes. J'aime les artistes dont la personnalité transpire au travers des oeuvres mais qui n'est pas appliquée comme une contrainte.

Te prédis-tu exclusivement à une carrière de designer industriel ou serais-tu tenté par la possibilité d'expériences commissionnées par des galeries d'art contemporain et de design?

Je me suis aperçu que certains de mes objets évoluent sur une frontière entre ces deux univers. J'aime beaucoup répondre aux impératifs d'une production industrielle tout en y ajoutant une poésie ou un caractère fort. Pour moi la lampeLuminator (Flos, 1954) d'Achille Castiglioni en est un parfait exemple : une synthèse entre un respect total des contraintes de production et d'utilisation et une personnalité très forte dans le dessin de l'objet.

Te sens-tu appartenir à cette jeune génération de designers associés à la Suisse tel Nicolas le Moigne et le trio Big-Game, qui privilégient un style innovant et malin et toutefois pragmatique?

Certains de ces designers ont été mes professeurset j'ai appris d'eux beaucoup de choses. Et, même si au fur et à mesure je m'en suis distancié, j'apprécie toujours autant certaines de leurs propositions.

Que retiens-tu de l'année écoulée, entre l'exposition de l'ECAL à l'occasion du Salone à Milan, celle à la galerie berlinoise Helmrinderknecht et la présentation aux Designer's Days sur le sol parisien?

Ce que j'aime le plus dans ces expositions, c'est obs
erver les réactions des gens! Le premier regard qu'ils posent sur un objet est très important. Il est vrai, spontané. Souvent je vais leur parler après et j'essaye alors de comprendre leurs goûts. On apprend tellement de cette manière...

Et les vacances?

Elles ont été assez courtes, je suis retourné dans ma maison familiale des Hautes Pyrénées pour y faire des randonnées et depuis le mois d'Août je suis de retour au bureau... des nouveaux projets qui m'attendent!

Haute technicité et soin particulier apporté à la déconstruction de la structure de l'objet sont des éléments importants dans le travail de Camille Blin. Les lampes Gradient dévoilent leur mécanisme de façon à la fois subtile et frontale, dans la lignée du projet Box sur les intensités lumineuses...

... tandis que les bouteilles de vin Château voient leur matière première (le verre) évidé volontairement, tout comme les lunettes Aimantées qui se résument à leur structure robuste bien qu'extra fine.

Solid, 2009

3.9.10

PIECES OF ARCHITECTURE


Vue du pavillon nordique...

Bon, ça c'est fait! Cette année la rentrée a débutée en Août... La 12e Biennale d'Architecture de Venise venant s'imposer à la fin du mois comme l'évènement européen incontournable. Invité par Audi pour les Urban Future Awards à la Scuola Grande della Misercordia, j'en ai profité pour effectuer un tour express au jour d'ouverture de la Biennale d'Architecture, curatée cette année par Kazuyo Sejima, la grande dame de l'architecture nippone (> à lire ce mois-ci dans Domus une interview par Stefano Casciani). La Biennale court jusqu'au 21 novembre donc pas de panique pour les retardataires. Du conceptuel au documentaire, de l'installation type art contemporain aux à la maquette pure, l'évènement entend décloisonner et surprendre, distillant toutes sortes d'énergies qu'il serait difficile de qualifier sur papier tant le parcours est éclectique, sans doute très sensible et féminin si l'on s'en tient à ce que c'est ici la première fois qu'une femme dirige la Biennale.

Aux entrepôts de l'Arsenale, les idées les plus barrées (des cabanes en bois brut du stand du Royaume de Bahreïn...) côtoient le mystique (The Forty Part Motet, Janet Cardiff & George Bures Miller), l'atmosphérique (la brume artificielle des allemands Transsolar & Testuo Kondo Architects, l'installation aquatique d'Olafur Eliasson...), voire l'invisible... Évident Lion d'or du meilleur projet, l'extraordinaire mirage architectural proposé par Junya Ishigami vaut à lui seul le déplacement (voir ci-dessous). Hans Ulrich Obrist, la star mondiale des critiques d'art, dispose même de son propre stand proposant des interview d'architectes. Côté jardins, les plus beaux pavillons nationaux alignés poliment proposent un ensemble d'expositions assez inégales où les plus excentriques tout comme les petites timides sortent évidemment du lot. C'est le cas de l'Angleterre avec sa Villa Frankenstein mise soustension par les croquis retrouvés de John Ruskin, du Canada avec sa proposition d'ordre végétale va-t-on dire (voir ci-dessous) et d'Israël qui donnait à collectionner des photographies en noir et blanc de maisons et intérieurs kibboutz des années cinquante. Du côté des petits choses qui font grand effet, il faut souligner la précision du pavillon Japonais qui a reconstitué dans son stand des bribes de maisons et appartements nippons en miniature et le pavillon Australien dont beaucoup de visiteurs en on fait leur coup de coeur. D'entrée de jeu happé par des néons oranges qui définissaient la structure intérieur du pavillon, vous étiez plongé dans le noir dans une galaxie parallèle façon Tron où des écrans projetaient en 3D une métaphore filée autour du rapport entre multiplication d'échelles architecturales et terrains naturels vallonneux. Dur fut le retour à la réalité sur le vaporetto...

Architecten de Vylder Vinck Taillieu

Blue Print, des Do ho Suh + Suh Architects de Séoul / Intérieur du pavillon belge / Installation d'un projet à Zurich de Caruso St John Architects

Intérieur du Pavillon allemand / Sortie du pavillon australien


4 studios
incontournables

NOTORIOUS B.I.G.
- Bjarke Ingels Group : Sélectionné pour l'Audi Urban Future Award et présent au pavillon danois, ce studio basé à Copenhague approche l'architecture de façon non conventionnelle et teinté d'humour de Chine au Kazakhstan, où ils comptent implanter un bureau (!). Après la Corée, leur exposition Yes is More est d'actualité à Bordeaux.

ZARDOZ 2.0.
- AMID cero9 : Entre fakes de tableaux XVIIIe, le couple madrilènes Cristina Diaz Moreno et Efren Garcia Grinda donnent donnaient à voir dans leur espace du Palazzo della Esposizioni une maquette entièrement pailletée en rose, celle de Cherry tree blossom, structure itinérante aux airs de boule de gruyère. Une arche de Noé du siècle prochain.

BLINDED LIGHTS
- Jürgen Mayer H. : le studio berlinois gagnant au concours Audi a proposé une nouvelle vision de l'architecture de la ville basée sur le remplacement de l'énergie artificielle par l'énergie humaine. Imaginez une seconde la rue de Rivoli éclairée seulement par les fenêtres des galeries du Louvre et les automobiles, sans ses réverbères et néons de boutiques pour touriste. Vous y êtes!

CARIBOU SOUS EXTAS
- Philip Beesley : Entre la rigueur des pavillons français et allemands, le Canada faisait figure de compagnon offbeat avec son copain anglais. A l'intérieur, une forêt tropicale faite de squelettes végétaux en plastique aux attitudes... humaines. Une architecture "communicante" qui vous invitait à la tâter pour qu'elle vous réponde... Des expériences inédites que l'architecte de Toronto explore depuis bientôt 14 ans.


Architecture is air : study for Château La Coste, Junya Ishigami + Associates

... le pavillon belge!

Anton Garcia-Abril & Ensemble Studio

1.8.10

DIRECT DISPLAYS


En situation, l'Interrupteur #2 de Clarisse Dubus


Qui dit saison estivale dans le XIIème arrondissement dit présentation au VIA des travaux des étudiants des écoles françaises de design. Et cette année, l'intelligence de ces derniers nous fait de l'oeil dès la vitrine du Viaduc des Arts. Pas besoin de franchir le pas de la porte pour admirer les expérimentations des élèves. Première en lice, la poésie des angles selon Keyne Dupont, de l'IAV d'Orléans. Le designer met en effet en tension des plateaux en bois lamellés collés et contreplaqué, faisant office d'équerre pour Entre les lignes : bureau en apparence fine mais robuste. Nettement plus massif, voir rustique, les tables de chevet Montagne et Vallée de Charlène Huet (ESBA d'Angers) conjuguent abstraction et matérialisation d'un noir profond, soit des ombres montagneuses au pied du lit pour des meubles plutôt transportables. Une essence inspiré de la nature que partage François Clochiatti (Ecole Boulle), en numérique. Processus combinatoire, sa série de céramiques présente une surface non pas lisses mais en trois dimensions : sorte d'écailles de poissons en relief, aux subtils dégradés de couleurs pastels et acidulées. Du côté du métal, le reimsois Thibault Faverie (ESAD de Reims) invente une nouvelle typologie du tabouret avec Splines où la dite assise en aluminium enrobé de silicone trouve souplesse et stabilité grâce à son utilisateur. Une appropriation nécessaire de l'objet pour comprendre son fonctionnement que pousse un peu plus loin Clarisse Dubus (ENSA Dijon Art & Design), résumant à son minimum la traditionnelle suspension lumineuses avec Interrupteur # 2, objet donc la grille de lecture s'entend par un déplacement de l'interrupteur du mur au plafond afin de l'intégrer directement au luminaire. Un plafonnier qui s'actionne selon une mécanique héritée des usages de l'enfance. Un design de l'essentiel.


Détail d'Entre les lignes, bureau de Keyne Dupont / Série de contenants Processus combinatoire, François Clochiatti

Tabourets Splines, deux modèles (blanc et jaune) de Thibault Faverie / Tables de chevet Montagne et Vallée, Charlène Huet

NU, AU SOLEIL

1 - A Dinard, on se la joue low-cost avec le lit portable Hat-Hat (2010) imaginé par la designer Katrin Greiling, qui partage son temps entre Stockholm et Dubaï.


Plaisir secret, (trop) souvent défendu, se baigner nu est un délice. Néanmoins quelques problèmes d'ordre pratique subsistent : s'asseoir, manger, dormir. Soit les trois basiques de tout été qui se respecte. Qu'acheter dans ce cas pour se meubler intelligent au bord de la plage ou de la piscine afin d'éviter par la même occasion de se faire mal aux fesses, de sécher convenablement après une baignade pour enfin enfiler son short avant de déjeuner et de faire la sieste au soleil... nu encore, en attendant le prochain plongeon? Réponse ici même avec une rapide sélection tradi-edgy (3), arty (2) et mini (1) en mode ternaire. Bonnes baignades coquines!



2 - En face du nouveau quartier du Poblenou à Barcelone, les arty dandys se déchaînent à poil sur la plage mixte. Sur un draps de plage imprimé d'une toile d'Ed Ruscha (Other Criteria, 2009), table en aluminium de Liam Gillick (Edition Schellmann, 2007) et fauteuil tronc d'arbre en plastique moulé et fibre de verre, Franz West (2003)

3 - Aux abords de la réserve naturelle de Knokke-le-Zoute, la tradition rencontre un certain esprit moderne dans l'esprit ce cette station balnéaire qui fourmille de galeries. Pare-soleil en toile et acier Dyning (IKEA, 2010), banc en frêne en édition limitée à 100 exemplaires (Another Country x Monocle, 2010) et fauteuil RockGrid d'Arik Levy (Rove Gallery, 2009)

23.7.10

ROC' A BARCELONE


Angle de la Roca Barcelona Gallery, la nuit


Quand on parle aménagement de salle de bains, généralement ça ne fait rêver. Pire encore quand on évoque les chiottes. Pourtant le japonais Toto et ses toilettes qui gardent propre l'anus sont là. L'allemand Duravit emboitant ce pas avec talent thanks to Philippe Starck, j'y reviendrais sur papier... Et puis il y a l'espagnol Roca, surtout. Premier producteur mondial dans le genre (39 millions d'unités par an!) qui développe lentement mais sûrement un réseau de showrooms dans le monde entier... pardon, des "galeries". Sobrement baptisée Roca Barcelona Gallery, celle de la capitale catalane est la première. Sur troisétages, elle présente les produits de la marque dans un univers ultra-moderne meublé par USM et Cassina, très high tech avec ses tables-écrans à la Minority Report et ses murs vidéos figurant les manies de différents types humains : le jeune qui rentre éméché d'une soirée se lave le visage, un couple parfait se brosse les dents etc... Conçu par l'architecte Carlos Ferrater, ce bâtiment monolithique offre une sublime façade de verre composée de 4000 ampoules LED qui s'illuminent la nuit, luiconférant un aspect aquatique des plus réussi. Dans le quartier de Chelsea à Londres, la Roca London Gallery imaginée par Zaha Hadid verra le jour à la fin de l'année... en attendant Paris! Pour l'heure, la marque se concentre sur la communication autour de son splendide espace barcelonais et le développement de ses nouvelles gammesdont "sa grande histoire d'amour" avec Armani, dixit Carlos Socia, directeur France de Roca. Le résultat? Armani/Roca, des baignoires, douches et co. Présenté à Milan cette année, la collection équipera les suites des hôtels du couturier via Manzoni et à Dubaï. Unevocation grand luxe dans la continuité des relations entretenues par la marque avec des architectes de renom tel David Chipperfield ou encore Herzog & de Meuron, pour des productions impeccables en terme de technologie du matériau.


Les tables-écrans de la galerie, entièrement tactiles, racontent l'histoire de la salle de bain en lien avec les produits de la marque


Détail de Kreto / Mitigeur Plane / Pommeau de douche rétractable, Shower Baisin

A 25 minutes de Barcelone à Sant Cugat, le Roca Innovation Lab a posé ses valises en 2010 dans des bâtiments flambants neufs, travaillant main dans la main avec sa partie Design Center, tout aussi impeccable. Soit de vastes bureaux baignant dansune ambiance sympa, studieuse et tirée à quatre épingle entre une agence d'architecture du 92, un spot de pub pour les gens cools qui se brossent les dents entre les pauses café-clope (des panneaux dans les ascenseurs suggèrent ce reflex hygiénique aux employés), Loft Story pour lacafétéria faussement pop (et green avec les algues des Bouroullec) et la vidéo de Scream par Janet et Michael Jackson pour les couloirs... claustro-spatiaux. Un environnement super sain qui met les employés dans le bain du travail, la notion d'innovation en tête. 125 personnes y travaillent. Ils dessinent, testent et certifient les projets qui porterons le logo Roca. Des futurs produits qui se doivent de "définir ce que doit être la salle de bain de nos jours" selon Josep Congost, directeur de l'Innovation Lab et du Design Center. Try to think out of the box... et ce sans négliger l'environnement, bien au contraire. Exemple avec W+W, révolutionnaire module de toilette et lavabo intégré qui recycle l'eau usagée. Un succès d'estime pour l'instant qui n'attend plus qu'une version low cost trois foismoins cher afin de séduire collectivités et étudiant eco-friendly. Plus luxe et conceptuel, on adore Kreto, un receveur de douche aux allures de sol craquelé, et Shower Baisin, un lavabo adossé d'une cabine de douche et de rangements - sans doute inspiré du Total Furnishing Unit de Joe Colombo crée en 1971... Dans le même esprit, la collection Barcelona n'es pas mal non plus avec ses toilettes qui ressemble à celles que l'on trouve dans les avions, lecôté pratique au masculin avec la possibilité de poser des livres dans un espace prévu sur le côté (et faire frémir par la même occasion votre femme qui s'impatientera...). Des idées fraîches comme celle-ci, Roca en a plein le panier. Un vaporisateur intégré au vasque, unrince-pied à la barre de douche, une douche-baignoire outdoor, un programme pour éviter les débordements de baignoire... sans oublier Droppy : LE gadget pour gosses qui fait applaudir les parents. C'est un petit animal haut comme une pomme qui explique aux enfants grâce à son petit écran comment se brosser les dents et ne pas prendre la salle de bain pour un centre aéré. Des innovations qui font whaou! tout comme WAW (We Are Water), la fondation d'art contemporain du groupe qui ouvrira ses portes le 28 septembre. Ultime outil de communication visant à conférer à la marque une image rock'n'green dans l'air du temps.

L'Innovation Lab de Roca est situé dans le building occupé par l'ESADE, l'école de commerce de Barcelone

Display de post-it idées dans les salles de l'Innovation Lab

21.7.10

M.A.Y.A. MIA !


Giovanni Alessi, le fondateur.


Most Advanced Yet Acceptable, tel fut la leçon donnée par Raymond Loewy à ses élèves. Un leitmotiv que c'est approprié la maison Alessi, qui approche désormais la centaine. En attendant de fêter ça, l'enseigne italienne culte s'expose à Munich sous la houlette de Florian Hufnagl, directeur du International Design Museum de la ville. Encore une fois, la maison étonne. Préférant la prospective à la rétrospective, elle déboule ses icônes et célébrités en devenir dans une scéno conçu en première partie par Starck. Soit toute la collection de pièce à la fois innovantes et bankable qui ont fait le succès d'Alessi, de Richard Sapper au regretté Achille Castiglioni en passant of course par Alessandro Mendini qui offre pour l'occasion une séance de relooking à son tire-bouchon star Anna G. en lui greffant or, émaux et diamants pour ses fêter comme il se doit son sweet sixteen.

Prototypes et croquis de la cafetière à expresso 9090 par Richard Sapper, qui fut couronnée du Compasso d'Oro en 1979 / Croquis pour La Conica et cafetière La Cupola v. 1980-83 de l'architecte Aldo Rossi.

Aux côtés des vétérans, les petits jeunes font monter la sauce dans la section "Nouvelles Instances" : des projets inédits qui seront très bientôt proposés dans le commerce. Des douze designers présentés, on retient surtout la série A Tempo de l'allemande Pauline Deltour qui offre une nouvelle simplicité à la traditionnelle corbeille (à agrumes, à papier) et à l'égouttoir à vaisselle par de jeux optiques aériens affinant les possibilités de mise en forme de l'acier, cette matière sur laquelle Alessi concentre sa production depuis le début des années trente. Un design qui s'inscrit nickel dans les cases de la philosophie de la maison : pointu ET accessible. Une dernière qualité qui demandera néanmoins à être vérifié avec la série des Miriorama (...vous vous souvenez?) : "visions infinies" entre l'art cinétique, l'inachevé, le multiple et l'art programmé. Dans ce genre, le Rotoplastick du peintre Gianni Colombo entraîne de nouvelles perceptions visuelles particulières. Alessi ne se pose pas ici la question de l'avant-garde, même pas rétrograde, mais avance vers le futur, son futur. Un univers classe, éclectique, rigoureux et toujours ludique, qui tend à selon son big boss Alberto Alessi à "amener le design à un certain type de qualité conceptuelle". Un art de vivre novateur qui se vend... Voilà qui devrait faire plaisir à Enzo Mari!

Multiple d'art en bois Rotoplastick, Gianni Colombo (Edition Limitée à 99 ex. + 9 preuves d'auteur) / Tire-bouchons Anna Etoile d'Alessandro Mendini (photo Roberto Gennari Feslikenjan). Ed. Officina Alessi

A Tempo, de Pauline Deltour : modèles APD01, APD02 et APD03 (photo Manfred Jarisch). Ed. AdiAlessi

7.7.10

WTF (2)

Ghost chair, Arkitecture (Galerie Emmanuel Perrotin, 2010) / Cow chair, Niels van Eijk (Droog Design, 1997) / Ghost of a chair, Valentina Glez Wohlers (Galerie Gosserez, 2009) / Foldchair, Olivier Grégoire (Specimen Editions, 2010)


Liliane n'est plus qu'un fantôme et l'été est déjà lancé. Quand on choisit son trône autant ne pas se tromper. Rien ne se perd et tout se recycle... même (et surtout) dans le design. La preuve par quatre suivant une histoire d'empruntes, dans les pas de la peau vache laissée par Niels van Eijk. Droog Design anyone?

Liliane is now nothing but a shadow of herself and summer's already here. It's better not to make a mistake when choosing your throne. Nothing is lost, all is recycled... even (and especially) in furniture design. This confirmed many a time by following in the footsteps, such as the reincarnation of Niels van Eijk's cow hide. Droog Design anyone?